Spartaco de Giuseppe Porsile à Trondheim le 29 janvier
Renaissance avec éclat d’un opéra baroque oublié
Sous l’égide du Barokkfest sis dans la ville norvégienne de Trondheim se conjuguent innovation et découverte.
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- 4 février
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LE FESTIVAL DE MUSIQUE BAROQUE Barokkfest, créé en 2013, poursuit son chemin hors des habitudes. Mené par Martin Wåhlberg, également directeur de l’ensemble sur instruments d’époque Orkester Nord, le festival comme l’orchestre sont sis à Trondheim. Trondheim est une moyenne ville pittoresque, située au cœur de la Norvège, qui fut un temps la capitale du pays dont elle a gardé une cathédrale gothique monumentale et le palais royal, en sus de jolies maisons anciennes en bord de fleuve. Dans un répertoire des plus appropriés, la semaine des soirées musicales de son très original festival draine un public fervent, qui se presse aux concerts malgré un froid extérieur quasi polaire.
Nous avons ainsi, sur deux jours, assisté à la recréation d’un opéra précédée d’un récital. Le récital est confié à la soprano espagnole Núria Rial, accompagnée par Rolf Lislevand à la guitare baroque, Erik Skanke Høsøien au théorbe et Elvin Venæs à la contrebasse. Se distribuent des airs et mélodies en italien et espagnol, mêlant avec une vocalité élégiaque le baroque et chansons actuelles, entrecoupés de vigoureuses parties instrumentales. Le public qui remplit le ravissant théâtre historique, dit « Salle de la Franc-Maçonnerie », fait un mérité accueil des plus enthousiastes.
Le lendemain, dans la même salle, place à l’opéra Spartaco en version de concert. Cet opéra est dû au compositeur Giuseppe Porsile (1680-1750) sur un livret de Giovanni Claudio Pasquini. Quelques mots sur Porsile : ce fut un Napolitain de naissance (à une époque où Naples faisait partie de l’Espagne). Après sa formation musicale dans sa ville natale, il est nommé au service de la chapelle vice-royale espagnole, puis maître de chapelle à Barcelone par le roi Charles II d’Espagne. Il suit l’archiduc Charles (cousin de Charles II), devenu Charles VI empereur d’Autriche, qui l’a appelé à Vienne où il termine sa carrière de musicien officiel. Lors de ses différentes fonctions, il compose de nombreuses œuvres, dont des opéras.
Spartaco de retour
Parmi ses opéras figure Spartaco, créé avec succès en février 1726 à Vienne. L’œuvre a été par la suite totalement oubliée (jusqu’à une reprise incidente en 2009 à Heidelberg). La recréation du Barokkfest, sur instruments d’époque et pour la première fois au plus près de l’état de la partition (à l’inverse de Heidelberg) grâce au travail de reconstitution réalisé par Martin Wåhlberg et Pedro-Octavio Diaz, survient donc trois siècles après la création de l’opéra. Pour ce faire, sont réunis l’orchestre Orkester Nord et un plateau vocal de haut vol, dans une belle version de concert. L’œuvre est donnée telle que, avec toutefois quelques coupures (pour trois heures de musique, en lieu de près de quatre heures). L’opéra se conforme aux styles de son époque, distribuant récitatifs secco, arias da capo ornementés (parfois richement), duos enlevés pour finir les actes et chœur allègre conclusif du final.
L’action se situe à l’époque romaine, où le gladiateur Spartacus devient tyran, et entre conflits guerriers et d’amours fugaces, l’opéra s’achève en d’heureuses réconciliations et la paix conclue (comme il se doit). Une œuvre attachante, qui méritait bien d’être redécouverte.
D’autant que l’interprétation la sert au mieux. Le ténor italien, quelque peu barytonant, Luigi Morassi incarne avec élan, voire fureur de circonstance, le héros de la fable Spartaco. La soprano Sophie Junker figure une Vetturia, soumise aux assauts du héros, par un chant aux vocalises ardentes. La mezzo Dara Savinova prête ses beaux graves pour Licinio (l’amoureux de Vetturia). José Maria Lo Monaco, Anthea Pichanick, Hårvard Stebsvold (baryton norvégien) et Natalie Pérez complètent une distribution de parfaite expressivité et vocalité. Martin Wåhlberg conduit son orchestre avec des assortiments de timbres bien trempés, menant le tout dans une juste participation d’ensemble. Et le public, très attentif, de manifester à nouveau un vibrant enthousiasme. Un enregistrement devrait suivre, et des reprises sont prévues (en France et/ou en Espagne, à confirmer). À suivre, donc…
Illustrations : Spartaco à Trondheim (photo Arne Hauge). Núria Rial (photo dr). Musiciens de l’Orkester Nord (photo Arne Hauge).
Récital de Núria Rial, soprano. 28 janvier 2026.
Giuseppe Porsile : Spartaco. Avec Luigi Morassi, Sophie Junker, Dara Savinova, José Maria Lo Monaco, Anthea Pichanick, Hårvard Stebsvold et Natalie Pérez. Orkester Nord, dir. Martin Wåhlberg. Trondheim, Barokkfest, Salle de la Franc-Maçonnerie, 29 janvier 2026.



