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Critiques / Théâtre

Push Up

par Jacky Viallon

Affrontements

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Il y a, dans la réalisation du collectif Drao, une volonté méritoire à présenter les êtres humains que nous sommes comme des sortes de curiosités. Placés en demi-cercle autour d’une piste, le public observe le détail des scènes à la manière d’un entomologiste penché au-dessus d’un bocal expérimental qui étudierait quelque couple de coléoptères délinquants. On peut ainsi observer certains comportements liés à la soif du pouvoir, disséquer les désirs qui surexcitent les conflits et assister à la transgression d’une sacro-sainte morale orthodoxe qui autoriserait un acte purement bestial. La mise en scène s’attarde intelligemment à faire monter du plateau cette tension physique et bestiale qui bouillonne dans chaque personnage.

Le pouvoir dans le domaine professionnel ou affectif

Comme dans le théâtre de Berkoff, on peut ainsi voir l’espèce humaine se tortiller et s’empêtrer dans ses faiblesses et ses contradictions. En spectateurs impuissants, nous serions peut-être tentés de vouloir sauver ces êtres expérimentaux, mais est-ce nécessaire, les intentions de la pièce étant de démontrer la perdition inéluctable de chacun et le désir pervers de damnation personnelle.
Le spectacle est composé de quatre tableaux indépendants qui traitent toutefois du même sujet : les rapports du pouvoir entre les hommes dans le domaine professionnel ou affectif. La pièce n’épargne pas le monstre qui sommeille en certains êtres et dévoile les ruses conscientes ou le machiavélisme caché. La femme du patron en rivalité avec une jeune louve, un chef de projet exerçant un harcèlement moral sur une conceptrice ou deux collègues devenant brusquement rivaux face à leur mise en concurrence pour un poste.

Efficace et intelligent

A une époque où l’individu est obligé d’endosser multiples facettes pour exister dans une société dévorante, il ne lui reste que le fantasme, cet espace de liberté, pour échapper à la frustration journalière. Quête improbable. Ainsi les êtres sont-ils balancés sur le plateau pour y devenir personnages. Concrètement, la mise en scène réussit à traduire cette duplication, elle s’attarde savamment sur une pratique corporelle qui n’est pas des moins étonnantes. Les personnages semblent glisser à travers les probables douleurs qui les traversent. La performance est absolument étonnante. Le spectateur se laisse entraîné dans l’arène de l’illusion. La facture de cette mise en scène est totalement nouvelle. Le collectif a su trouver des codes justes et précis, qui du coup nous paraissent évidents et même incontournables. Eloigné de toute prétention, ce spectacle est efficace et intelligent.

Push Up, de Roland Schimmelpfenning, traduction : Henri-Alexis Baatsch. Mise en scène : Collectif Drao avec : Stéphane Facco, James Joint, Sandy Ouvrier, Maia Sandoz, Fatima Soualhia Manet, Christophe Vienne. Théâtre de la Tempête, Paris 12e, jusqu’au 2 avril, du mardi au samedi 20 h, et dimanche 16 h 30.

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