Accueil > PLATEE de Jean-Philippe Rameau

Critiques / Opéra & Classique

PLATEE de Jean-Philippe Rameau

par Caroline Alexander

Inusable réussite ! Plaisir garanti

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Seize ans d’âge et toujours aussi étourdissant de drôlerie et de splendeur musicale. Cette production de Platée de Rameau (1643-1764), joyau de musique baroque, lancée en 1999 sur la scène du Palais Garnier par Marc Minkowski et ses musiciens du Louvre-Grenoble dans la mise en scène déjantée et si juste de Laurent Pelly n’a pas pris de ride. Elle a rajeuni !

Pelly a paré avec humour, dérision et intelligence la fable pastiche composée en 1745 pour le mariage du Dauphin avec l’Infante d’Espagne, restituant à l’allégorie de la jalousie son burlesque et son humanité. Pour confondre Junon jalouse façon tigresse, Jupiter, avec la complicité de Mercure, Thespis et Momus, échafaude un faux mariage avec la nymphe grenouille Platée, brave bête, sotte fille qui croit dur comme fer que son charme peut séduire les dieux. C’est une mascarade, une duperie mise en théâtre et c’est dans un théâtre que Pelly en situe les épisodes, un théâtre en miroir où la salle est reproduite sur la scène, avec ses spectateurs (le chœur), ses ouvreuses, ses personnages… Les rangées superposées de sièges en velours grenat où les dieux descendent accrochés à des lustres, vont peu à peu se désagréger. La mare aux grenouilles coasse toujours en « quoi, quoi, quoi » saugrenus, les végétaux surréalistes poussent comme des larves, des bestioles vertes aux yeux globuleux s’emparent de l’espace et jouent les flics parmi les musiciens bien visibles dans leur fosse surélevée où Marc Minkowski joue au demiurge de fantaisie. Les ballets de Laura Scozzi restent follement échevelés et les costumes griffés Pelly d’une cocasse extravagance

Distribution renouvelée

A l’exception de François Lis, toujours fringant en Jupiter de music-hall lançant ses graves comme des prédictions d’illusionniste, toute la distribution a été renouvelée. Mercure, roulant des mécaniques de baroudeur, a le chic très choc de Julien Behr, Florian Sempey s’amuse et nous amuse en Momus goguenard, Fréderic Antoun/Thespis discret, Alexandre Duhamel/Cithéron, Armelle Khourdoïan/Amour apportent fantaisie et savoir-faire. En conclusion de la pseudo-parade nuptiale, Aurélia Legay fait de Junon une jalouse hystérique au grand cœur.

En Platée, Philippe Talbot succède à Paul Agnew et relève le défi en bouffon pataud, irrésistible de naïveté, sautant à pieds joints sur les marches, empêtré dans son tutu rose boursouflé. Son timbre de ténor est léger, il y puise des aigus de fillette, son jeu à la fois clownesque et pathétique fait vibrer une contre-héroïne qui dans sa gaucherie finit par émouvoir.

Le charme absolu de Julie Fuchs

Autre sommet de la soirée : l’appétissante, ravissante Julie Fuchs, révélation des Victoires de la Musique en 2012, Ciboulette enchanteresse à l’Opéra Comique (voir WT 3628). Elle campe La Folie avec sa voix de cristal dansant, ses dons de comédienne surfant sur tous les registres, tantôt autoritaire (dirigeant l’orchestre à la place de Minkowski hilare !), tantôt taquine, tristounette, rebelle. De l’opérette au baroque, elle rassemble tous les dons en charme absolu. Et nous subjugue, avec le sourire.

Ce Platée inusable est à ne pas manquer.

Platée de Jean-Philippe Rameau, livret Adrien-Joseph Le Valois d’Orville, chœur et orchestre des Musiciens du Louvre-Grenoble, direction Marc Minkowski, chef des chœurs Nicolas Jenkins, mise en scène Laurent Pelly, décors Chantal Thomas, chorégraphie Laura Scozzi, lumières Joël Adam. Avec Julie Fuchs, Philippe Talbot, Frédéric Antoun, Florian Sempey, Alexandre Duhamel, François Lis, Julien Behr, Aurélia Legay, Armelle Khourdoïan.

Opéra National de Paris – Palais Garnier, les 11, 12, 14, 17, 20, 23, 27, 29 septembre, 3, 6, 8 octobre à 19h30. Le 9 septembre à 20h30.

08 92 89, 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.