Los Estunmen de Fernando Velázquez et Roméo et Juliette de Gounod à Madrid les 11 et 12 juin

Ou la création d’un opéra contemporain et un opéra de grand répertoire international

Deux réalisations significatives de l’entreprenante politique artistique du Teatro Real, l’Opéra de Madrid.

Ou la création d'un opéra contemporain et un opéra de grand répertoire international

PRÉSENTÉ DANS UN THÉÂTRE ANNEXE, le Teatro del Canal, mais sous l’égide de la programmation du Teatro Real, Los Estunmen fait salle pleine face à un public enthousiaste. Chose rare pour un opéra contemporain, qui plus est en création mondiale. Nous serions pour notre part moins enthousiaste, partagé devant une œuvre hybride. En effet, si l’œuvre est pourvue du qualificatif « opéra contemporain », elle laisse une large part, pour ne pas dire la part principale, à de nombreux dialogues parlés. Pour conter cette histoire de cascadeurs (traduction d’estunmen) qui voit une héroïne se lancer dans un voyage sans retour propice à sa vengeance à la suite de la mort de son fils, les nombreux participants jouent à qui mieux mieux dans des suites de dialogues sans fin (sur un livret de Nao Albet et Marcel Borràs en espagnol piqué d’italien, d’allemand et d’anglais). La musique, de Fernando Velázquez, se fait parcellaire, d’une facture tonale sage sur un orchestre rythmé et quelques parties chantées en forme de récitatifs. Soit ! Mais on serait tenté de qualifier l’œuvre de théâtre musical plutôt que d’opéra.

L’interprétation n’en est pas moins de bonne facture, pour les nombreux comédiens et les quelques bons chanteurs (pourvus de petits micros, dont la mezzo Marifé Nogales, le contreténor Gabriel Díaz, le ténor Vicenç Esteve). Sis dans la fosse, le Jeune Orchestre national d’Espagne (Joven Orquesta Nacional de España) se fait bien adapté à ses circonstances sous la direction du compositeur. Alors que la mise en scène, de Max Glaenzel, se veut enlevée et vivement animée, devant un décor fait d’escaliers propices aux mouvements. Pourquoi pas ? Même si l’on ne peut parler d’une œuvre impérissable…

Grand retour de Roméo et Juliette

Dans la grande salle du Teatro Real et faisant tout autant salle pleine, autre aventure : Roméo et Juliette de Gounod prend place, dans la production étrennée en 2023 à l’Opéra de Paris. La mise en scène de Thomas Jolly conserve tous ses attraits, dans une représentation fastueuse avec une multitude d’intervenants (acteurs, danseurs, en plus du chœur et des personnages), un décor grandiose (réplique de l’escalier monumental du Palais Garnier !), des costumes colorés façon commedia dell’arte et des mouvements incessants.

Et le plateau vocal s’y coule avec délices (pour l’une des deux distributions à laquelle nous avons assisté). On note aussi que pour l’occasion il a été fait appel à plusieurs chanteurs espagnols. Ainsi du rôle de Roméo, donné dans une belle prestance au ténor Ismael Jordi. C’est aussi une manière d’hommage à un autre ténor espagnol, Alfredo Kraus (1927-1999), qui avait livré ce rôle en 1987 au madrilène Teatro de la Zarzuela, pour cette production stipulée in memoriam à ce grand artiste.

De son côté, la soprano française Vannina Santoni incarne Juliette avec la vocalité sûre qu’on lui connaît. Et les différents autres rôles se révèlent tout aussi bien campés. Le chœur du Teatro Real intervient avec un allant de circonstance. L’orchestre, celui de ce même théâtre, soutient efficacement, sous la battue experte de Carlo Rizzi (qui avait également dirigé à Paris). Tout bien en place pour un grand spectacle, reçu comme tel par un triomphe de la part du public.

Toujours à Madrid, signalons aussi, dans la salle de musique de chambre de l’Auditorium national (et aussi en salle comble), le récital qui clôt le Festival international de guitare, par le pointilleux doigté du guitariste britannique (mais résidant en Espagne) David Russell pour des pages de Francisco Moreno Torroba et Stephen Goss (né en 1964, Don Quixote dédié à Russell) ainsi que des arrangements pour guitare de Bach et Albéniz.

Illustrations : Los Estunmen ; Ismael Jordi et Vannina Santoni dans Roméo et Juliette. Photos Javier del Real, Teatro Real

Fernando Velázquez : Los Estunmen. Avec Marifé Nogales (mezzo), Gabriel Díaz (contreténor), Vicenç Esteve (ténor), etc. Joven Orquesta nacional de España, dir. Fernando Velázquez. Mise en scène : Max Glaenzel. Madrid, Teatro del canal, 11 juin.
Charles Gounod : Roméo et Juliette. Avec Ismael Jordi (Roméo), Vannina Santoni (Juliette), etc. Chœur et orchestre du Teatro Real, dir. Carlo Rizzi. Mise en scène : Thomas Jolly. Madrid, Teatro Real, 12 juin.
Récital de guitare de David Russell. Œuvres de Francisco Moreno Torroba, Stephen Goss, Bach et Albéniz. Madrid, Salle de musique de chambre de l’Auditorium national, 13 juin.

A propos de l'auteur
Pierre-René Serna
Pierre-René Serna

Journaliste et musicographe, Pierre-René Serna entretient plusieurs activités paramusicales (organisation de colloques, rédaction de programmes de concerts et d’opéras, conférences, production d’émissions radiophoniques) et collabore à différents...

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