El Gato Montés au Teatro de la Zarzuela de Madrid jusqu’au 28 juin

Nouvelle production du metteur en scène Christof Loy sur le terrain qui lui est tant cher de l’art lyrique espagnol

Un classique de l’opéra espagnol que constitue El Gato Montés dans une réalisation séduisante à bien des égards.

Nouvelle production du metteur en scène Christof Loy sur le terrain qui lui est tant cher de l'art lyrique espagnol

BIEN QU’INTITULÉ « OPÉRA POPULAIRE », El Gato Montés de Manuel Penella (1880-1939) a fait les beaux soirs du répertoire de la zarzuela. Ce qui distingue le genre lyrique espagnol zarzuela est la présence de dialogues parlés (à la manière de l’opéra-comique français ou du Singspiel allemand), à l’inverse des opéras eux normalement entièrement chantés, et non pas les sujets en tant que tels. Sans que cela soit une règle absolue (puisqu’il y eut des œuvres intitulées zarzuela et entièrement chantées). Créé en 1917 à Valence (Valencia), El Gato Montés, œuvre donc dépourvue de dialogues parlés, s’est perpétuée avec succès dans de nombreux théâtres (espagnols ou des Amériques, y compris New York en 1921 maintenu dix semaines à l’affiche de Broadway). C’est ainsi que le Teatro de la Zarzuela de Madrid l’a représentée à différentes reprises. Opéra ou zarzuela ? La question a fait débat. Quand on sait par exemple que Carmen de Bizet est généralement accrédité comme opéra, s’agissant d’un opéra-comique à sa création. Renonçons donc aux étiquettes.

Sur un livret (de la plume même du compositeur, comme toujours chez lui, cas exceptionnel hors les grands exemples de Berlioz et de Wagner) d’amours et de morts (comme dans nombre de zarzuelas ou d’opéras) c’est la qualité de l’œuvre qui importe. Christof Loy, qui met en scène cette nouvelle production du Teatro de la Zarzuela, n’hésite pas à parler d’une « surprenante modernité ». Il fait référence à la trame qui voit le conflit de deux hommes, le torero Rafael (appelé à succomber devant un taureau) et le bandolero bandit de grands chemins Juanillo (dit El Gato Montés, Le chat sauvage) pour mourir l’un et l’autre comme la Soleá de leurs amours partagées, dans une Andalousie de pittoresque. Mais c’est aussi la musique et sa découpe par grandes plages lyriques, qui signifient hautement l’attrait de l’œuvre. Une œuvre de flamme emportée, où percent des accents du vérisme et du drame sous un lyrisme exacerbé et un orchestre éclatant : de corrida sang et or.

Bon spectacle tout à l’honneur d’une grande et belle œuvre

Pour sa mise en scène, l’Allemand Christof Loy (très porté sur l’art lyrique espagnol, et à qui l’on doit récemment deux zarzuelas : El barberillo de Lavapiés à Bâle et Benamor à Vienne) donne dans l’abstraction. Le décor se présente ainsi nu de grand salon, mais pour mieux mettre en valeur les soubresauts de l’action. Puisque le jeu théâtral est omniprésent pour des intervenants en costumes intemporels. Peu d’Andalousie donc, référence de l’œuvre, mais pour mieux situer le tragique d’une action au caractère éternel. Et c’est ainsi que se suivent parfaitement les péripéties de cette histoire à la gravité prenante.

D’autant que les chanteurs s’acquittent avec intensité de leurs incarnations. Pour s’en tenir aux trois rôles principaux, le baryton David Oller, le ténor Rodrigo Garull et la soprano Mané Galoyan s’emparent avec ferveur du violent Juanillo, de l’évanescent Rafael et de l’amoureuse transie Soleá, comme des magnifiques arias qui leur incombent. Les seconds rôles remplissent tout autant bien leurs tâches. Le chœur, titulaire du Teatro de la Zarzuela, réagit avec appoint. Et l’orchestre, Orchestre de la Communauté de Madrid également titulaire du théâtre, livre les belles couleurs de sa partition sous la menée acerbe d’un parfait connaisseur de ce répertoire, José Miguel Pérez-Sierra (par ailleurs, directeur musical du Teatro de la Zarzuela). Bon spectacle tout à l’honneur de cette grande et belle œuvre lyrique qu’est El Gato Montés.

Illustrations : photos Elena del Real/Teatro de la Zarzuela

Manuel Penella : El Gato Montés. Avec David Oller (Juanillo), Rodrigo Garull (Rafael), Mané Galoyan (Soleá), etc. Chœur et orchestre du Teatro de la Zarzuela, dir. José Miguel Pérez-Sierra. Mise en scène : Christof Loy.
Madrid, Teatro de la Zarzuela, 10 juin (première). Prochaines représentations, jusqu’au 28 juin 2026.

A propos de l'auteur
Pierre-René Serna
Pierre-René Serna

Journaliste et musicographe, Pierre-René Serna entretient plusieurs activités paramusicales (organisation de colloques, rédaction de programmes de concerts et d’opéras, conférences, production d’émissions radiophoniques) et collabore à différents...

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