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Critiques / Opéra & Classique

Otello de Giuseppe Verdi

par Caroline Alexander

Pour Renée Fleming, rien que pour elle

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C’est la troisième fois que cette production pantouflarde du drame de Verdi prend place sur le plateau de l’Opéra Bastille. Elle ne s’est guère améliorée depuis sa création en juin 2004, les visions embourgeoisées d’Andrei Serban ont retrouvé leurs palmiers Club Med, leurs fauteuils Chesterfield, leurs paravents, ombres chinoises et rideaux de mousseline tirés à mains nues par les chanteurs.

Quelques élagages bienvenus en ont allégé la pesanteur, voire l’absurdité, Iago notamment ne prend plus le Maure de Venise pour un toutou à promener en laisse. La tempête au lever de rideau reste en revanche impressionnante tout comme les projections des ciels orageux et des mers en furie balayant l’espace. Reste toujours, hélas, le problème irrésolu d’interminables changements de décors qui prolongent la durée du spectacle d’une bonne vingtaine de minutes.

On avait entendu la direction nuancée de James Conlon à la création, puis celle, flamboyante de Valery Gergiev à la reprise de 2005. Celle de Marco Armiliato, nouvelle recrue maison, rend respectueusement à Verdi sa palette de couleurs, sans jamais insister. C’est enlevé, vif quand il le faut et rêveur dans les nuances.

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La contre-performance d’un Iago caricatural

Dans une distribution qui se veut de haut vol il faudra vite oublier la contre-performance du baryton Lucio Gallo en Iago caricatural jusqu’à l’extrême limite du ridicule. Dans la peau du traître stratège il offre un festival de grimaces et de poses pour bien faire comprendre (aux moins de 3 ans d’âge ?) qu’il est le méchant-vilain-pas beau de la tragédie, le tout persiflé d’une voix bridée qui casse le phrasé musical…

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L’onctuosité inchangée de Renée Fleming

Avec une bonne direction d’acteurs le ténor letton Aleksandrs Antonenko pourrait être un Otello quasi idéal. Projection parfaite d’un timbre clair, richesse d’expression, il ne lui manque que la noblesse du personnage. Question de jeu, d’attitude. Renée Fleming dont Sir Georg Solti qualifiait la voix de « double crème » peut, quant à elle, se passer d’un mentor ès comédie. Elle connaît bien sa Desdémone, elle lui donne, outre l’onctuosité d’une tessiture qui n’a pas bougé, le savoir faire d’une actrice et la sensibilité d’une femme aux abois. Sincère dans sa naïveté, blessée dans son amour, effrayée par ce qui arrive et qu’elle ne comprend pas, elle réussit à être bouleversante.

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Otello de Giuseppe Verdi, livret d’Arrigo Boito d’après le drame de William Shakespeare. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Marco Armiliato, chef de chœur Alessandro di Stefano, mise en scène Andrei Serban, décors Peter Pabst, costumes Graciela Galan, lumières Joël Hourbeigt. Avec Renée Fleming (en alternance avec Tamar Iveri) Aleksandrs Antonenko, Lucio Gallo (en alternance avec Sergei Muzaev), Michael Fabiano, Francisco Almanza, Carlo Cigni, Roberto Tagliavini, Nona Javakhidze, Chae Wook Lim.

Opéra Bastille, les 14, 17, 20, 23, 28 juin, 1, 4, 7, 13, 16 juillet à 19h30, le 10 à 14h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Crédits photos : Opéra de Paris

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1 Message

  • Otello de Giuseppe Verdi 1er juillet 2011 19:51, par Aïssa KHELIFA

    Presque tout à fait d’accord avec vous, avec deux petites nuances.

    Peut-être Jago était-il dans un mauvais jour, ou peut-être s’est-il amendé après la lecture de votre critique, mais sans être exceptionnels, et son chant et son jeu étaient convenables.

    Quant à Othello, même avec un direction d’acteurs, son jeu est caricatural. "Oh, je suis en colère et je jette un fauteuil, Oh je suis très faché et j’éventre les paravents, ....".

    Remarquez, ce n’est pas grave tant le décor est hideux !

    repondre message

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