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Critiques / Théâtre

Onysos le furieux de Laurent Gaudé

par Gilles Costaz

Le colosse blessé

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Avec Onysos le furieux Laurent Gaudé s’est donné sur le champ sa place d’auteur contemporain important. C’était sa première pièce, elle reste l’un de ses textes les plus forts, même au regard des œuvres théâtrales et romanesques qui ont suivi. On a rarement aussi bien entremêlé le passé et le présent, l’Histoire (presque toute l’Histoire antique ! ) et l’aujourd’hui, le mythe et la réalité. Un homme est affalé dans le métro de New York, telle une bête blessée. Secoué dans de grandes crises qui le font se débattre dans les tunnels d’une vie infinie, tanguant entre la rage et la douleur, il se souvient d’une existence qui a commencé il y a plusieurs siècles. Il est né au moment de la prise de Babylone, il a grandi en Egypte et il a rejoint les belligérants de la guerre de Troie. Mais il était du côté des Troyens et a choisi de mourir avec eux, les vaincus, dans le carnage opéré par les Grecs. Pourtant, il n’est pas mort puisqu’il est là, à New York, inconnu, n’intéressant personne, sauf la personne invisible qui dialogue avec lui.
C’est le premier spectacle d’une compagnie de Carpentras, l’Eternel Eté, et d’un jeune metteur en scène, Emmanuel Besnault. Avant les représentations d’Avignon, cette production a été représentée à l’Espace Michel Simon de Choisy-le-Roi. On a ainsi pu voir ce moment d’une grande puissance, que Besnault n’a pas conçu comme un dialogue avec un personnage absent, mais comme une rencontre entre des êtres réels. Les deux protagonistes ne sont pas toujours en scène ensemble, mais ils se parlent. D’un côté, l’immense, carré, fort et brisé, Onysos, que Jacques Frantz, un poil broussailleux brouillant son visage, joue dans un long manteau roux. De l’autre, en retrait, l’interlocuteur qu’interprète, dans des vêtements d’aujourd’hui, le jeune et secret François Santucci. Un haut rideau blanc descend des cintres, dans un mouvement de flamme. La mise en scène sait effacer les repères et déployer l’action dans une nuit des temps imaginaire et mythique. Jacques Frantz est un colosse au pied d’argile. Il est tout à la fois la colère et la souffrance, la fureur et la douceur. Peu d’acteurs pourraient brasser comme lui cet entrechoquement d’images, d’époques, de mots sonores et d’émotions silencieuses. Avec lui, le verbe de Gaudé sonne comme la langue du Salammbô de Flaubert. Frantz et la mise en scène serrée de Besnault portent au plus fort la beauté barbare et culturelle de la pièce de Gaudé.

Onysos le furieux de Laurent Gaudé, mis en scène et scénographie d’Emmanuel Besnault, lumières de Thierry Guisti, construction du décor par Claude Drap, avec Jacques Frantz et François Santucci. Texte chez Actes Sud Papiers. Théâtre du Chêne noir, Avignon, tél. : 04 90 86 58 11, les 1er et 2 février (21 h) et 3 février (19 h). Durée : 1 h 20.

Photos : Ludovic Pernin et Frédéric Borensztein

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