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Critiques / Autres Scènes

On the Town de Leonard Bernstein

par Caroline Alexander

Un avant-goût des chefs d’oeuvre à venir

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C’est la troisième fois que le Châtelet invite Leonard Bernstein à fêter Noël et l’an neuf dans la capitale parisienne. En 2006, Candide inspiré de Voltaire et mis en scène par Robert Carsen révélait le plus joyeux et le plus insolent portrait d’une Amérique aux prises avec le Maccarthysme, un an plus tard la reconstitution à l’identique du légendaire West Side Story offrait une éblouissante leçon de jeunesse (voir webthea des 19 décembre 2006 et 23 novembre 2007).

La cuvée 2009, malgré une réalisation trépidante, une chorégraphie tracée au cordeau, des interprètes qui chantent et dansent comme à Broadway, l’ensemble a des allures de brouillon. De fait c’en est un, prometteur certes, fourmillant d’indices menant aux futurs chefs d’œuvre, mais de toute évidence une première percée dans ce monde bariolé qui allait devenir celui de la comédie musicale américaine. On the Town est né en 1944 sur une idée – et un ballet - de Jerome Robbins dans le climat d’incertitude des derniers soubresauts de la deuxième guerre mondiale, le Japon et le débarquement de Normandie. C’est la journée que trois boys de la US Navy passent à New York, une permission de vingt quatre heures offrant à ces gamins de province la chance de découvrir les mirages de la grande Pomme.

Une suite de skteches reliés par un mince fil rouge

Pour Ozzie, Chip et Gabey le sentimental, le séducteur les paysages vont très vite passer au second plan pour laisser place à la recherche de l’âme sœur. La course aux filles est ainsi ouverte ménageant à chacun son lot de rencontres. D’emblée Gabey s’amourache du portrait d’une certaine Ivy Smith sacrée pour le mois de juin « Miss Turnstiles », soit Miss Tourniquet en référence aux tourniquets du subway, le métro de New York et les voilà en chasse d’un coin à l’autre de Manhattan, Chip se fait harponner par une chauffeuse de taxi délurée tandis que Ozzie tombe dans les bras d’une anthropologue en mal d’amour. En dix neuf scènes réparties sur deux actes, les tribulations des trois matelots les emmènent de l’arsenal de Brooklyn où leur navire a accosté à Coney Island en passant par quelques voyages en métro, le musée d’histoire naturelle, Carnegie Hall, Times Square, des restaurants, des bars et les appartements des conquêtes. Une suite de sketches en quelque sorte reliés par un très mince fil rouge mais où les lyrics de Betty Comden et Adolph Green se taillent déjà une belle place.

Bernstein (1918-1990) a tout juste 26 ans quand Robbins (1918-1998) qui a le même âge lui souffle l’idée de cette escapade, peut-être sans retour, volée au temps de guerre. Le succès est immédiat, le public américain s’y reconnaît si bien que Stanley Donen en tire un film, le célèbre Un Jour à New York avec Gene Kelly et Frank Sinatra.

Loin des grands tubes que l’on fredonne après le baisser de rideau

Tous les subtils ingrédients de la musique de Bernstein figurent déjà dans ce premier rendez-vous, le mélange de tradition symphonique et de jazz, l’apparition de rythmes sud américains qui feront plus tard le triomphe de West Side Story, mais on est loin encore des grands tubes que l’on fredonne après le baisser de rideau et qui donnent envie de danser.

La production du Châtelet, importée de Londres où elle triompha à l’English National Opera est efficacement mise en scène par Jude Kelly dans les décors stylisés souvent très drôles de Robert Jones. Elle est impeccablement chorégraphiée par Stephen Mear et chantée avec charme et bagout par les trois permissionnaires Joshua Dallas, Tim Howar, Adam Garcia et leurs conquêtes Sarah Soetaert, Caroline O’Connor, Lucy Schaufer, la croustillante Sheila Reid en diva prof de chant biturée et le Jonathan Best, en juge cocu et consentant. David Charles Abell dirige l’orchestre Pasdeloup avec une énergie parfois inutilement renforcée par la sonorisation.

On the Town musical en deux actes de Leonard Bernstein d’après une idée de Jerome Robbins., livret et lyrics de Betty Comden et Adoplhe Green. Production de l’English National Opera donnée pour la première fois en France. Chœur du Châtelet et Orchestre Pasdeloup, direction David Charles Abell pour 24 représentations et Samuel Jean pour 4 représentations, chorégraphie Stephen Mear, mise en scène Jude Kelly, décors et costumes Robert Jones, lumières Mark Henderson. Avec Tim Howar, Adam Garcia, Joshua Dallas, Sarah Soetart, Caroline O’Connor, Lucy Schaufer, Sheila Reid, Jonathan Best, Janine Duvitski, Alsion Jiear, Rodney Clarke.

Paris – Théâtre du Châtelet , jusqu’au 4 janvier 2009 à 20h et à 15h pour les matinées.

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

Crédit photo : Marie-Noëlle Robert

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