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Odyssée du Danube – Chapitre 2

par Caroline Alexander

Météo maussade, soleil au cœur

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La pluie a cessé sur Bratislava, la petite Prague des bords du Danube quand la Tchéquie et la Slovaquie ne faisaient encore qu’un seul pays, et l’air pique les narines. Ce début de septembre a des gouts de novembre. A bord du Theodor Körner, le bateau pour la paix de l’Odyssée 2007, la météo maussade n’a guère découragé l’effervescence ni mis en berne les cœurs et les idées.

A bâbord, côtés proue, la jeune Delphine Salvi déléguée de l’IITM Espagne et responsable du « Programme Enfant » fait plancher un groupe de jeunes Slovaques sur le thème de : « L’arrivée de l’autre ». Un peu plus tard, garçons et filles viennent lire les textes qu’ils ont rédigés soutenus par l’ambiance sonore et amicale de quelques solistes de l’Orchestre International de l’Odyssée. Il y a de l’émotion dans l’air, ils et elles disent leurs désarrois et leurs espoirs.

Poète et politique : un premier pas vers l’inconnu

Le vaste salon du bar se fait amphi pour accueillir les premiers invités du débat « Poète et politique ». Richard Martin annonce la couleur « Les poètes tiennent la lanterne allumée pour aller vers des sentiers que les politiques empruntent rarement. A nous de créer des liens entre les visionnaires et les hommes de terrain ». L’ancien ministre Jean Glavany, qui est du voyage et qui franchit avec les saltimbanques ce « premier pas vers l’inconnu », fait la différence entre « les » politiques et « des » politiques, ces derniers pouvant, selon lui, être aussi baladins ou poètes. La discussion s’anime entre le député slovaque centre droit, Alexander Stankovsty et le poète slovaque Albert Marencin, le premier affirmant que jusqu’à la chute du mur en 1989, la poésie n’avait pas droit de cité chez les communistes tandis que Marencin qui fut, durant 20 ans, directeur du Centre de Création Cinématographique de l’ex-Tchécoslovaquie rétorque que l’état de résistance des créateurs a nourri un cinéma de qualité planétaire. Un cinéma que le libéralisme et l’économie de marché ont depuis, selon lui, abaissé au niveau de marchandise… Débat sur la presse, sur la culture des états et des états de la culture.

Danse avec les flammes, la pyrotechnie en hommage aux femmes

Dans les rues de Bratislava, les pavés ont séché leurs larmes de pluie. A bord du Theodor Körner la nuit est tombée sur un pont enfin sec. Raymond Laub va enfin allumer les mèches de ses tableaux pyrotechniques en hommage aux femmes de la Méditerranée. « Les flammes du désir » pour ces femmes qui disent avec leur corps leur appétit de liberté, par flamenco ou danse du ventre interposé et que Chimène Costa, comédienne et danseuse incarne avec autant de grâce que d’énergie.

Des passagers aux auras étoilées

En route vers Budapest. Les nouveaux passagers ont embarqués, invités aux auras étoilées, la danseuse et chorégraphe Marie-Claude Pietragalla, le danseur Julien Derouault, Didier Lockwood, le prestidigitateur du violon jazz et Caroline Casadesus, sa soprano diva, Maïa Morgenstern star du théâtre roumain et vedette internationale de cinéma – elle fut la mère de Jésus dans le film « La passion du Christ » de Mel Gibson -. Ils prennent leurs premiers bains d’Odyssée en écoutant la comédienne Marocaine Bouchra Hraich et la toute jeune algérienne Ibtissem Hadj Hamou, 20 ans à peine, raconter les femmes de leur pays dans leur langue et leur chant rocailleux.

Budapest ville fantôme et théâtre cossu

Une écluse récalcitrante a tenu prisonnier le vaisseau de l’Odyssée durant trois heures en pleine nuit. Budapest est atteinte avec autant de retard, ville fantôme, presque invisible derrière un rideau de pluie quasi opaque. Une fois de plus, les passagers de la paix laissent la météo vivre sa vie morose pour se concentrer à la leur, ensoleillée du dedans. L’imagination prend le pouvoir. En quelques heures, ces artistes qui viennent tout juste de se rencontrer élaborent un spectacle commun qui, un peu plus tard prend d’assaut la scène du théâtre national de Hongrie, au cœur de son logis cossu : un incroyable bâtiment baroque postmoderne dressé à flanc de Danube inauguré en mars 2002 sur les plans chics et kitsch de l’architecte Maria Siklos.

Les équipements techniques, démonstrations à l’appui, sont parait-il, les plus modernes d’Europe. Effets spectaculaires, ça monte, ça descend, ça s’escamote et ressurgit comme dans un film du troisième type. Des comédiens de la troupe – une troupe permanente comme celle de la Comédie Française - et leur directeur Tamas Joudan conduisent la visite, fiers de leur répertoire, de leur maison et de ses prouesse technologiques.

Maïa Morgenstern, femme clown à la dégaine échappée du cinéma muet

Rideau noir, plein feu balayé de quelques poursuites de lumière blanche, les artistes de l’Odyssée n’en ont guère usé. Ils n’en furent pas moins magnifiques. Avec quelques feuilles de papier jetées comme un linceul, et un parapluie pour unique accessoire, Maïa Morgenstern, femme clown à la dégaine échappée des grandes heures du cinéma muet, avec un petit air à la Colin Serreau et son fils Tudor Istodor font vibrer des textes du philosophe poète perse Omar Khayyâm. Questions élémentaires, essentielles, existentielles…Pourquoi moi ? Pourquoi ici ? Pourquoi aujourd’hui ?

La plus improbable féerie mentale

Puis le rideau s’ouvre à nouveau sur la plus improbable féerie mentale livrée à chaud par Richard Martin, porte parole du texte « La mémoire et la mer » de Léo Ferré. Voix brûlante soutenue par Marie-Claude Pietragalla, liane noire se mouvant au vent de l’imaginaire avec Julien Derouault, son alter ego. Côté jardin, Didier Lockwood, son violon « protéi-sons » et ses pédales acoustiques composent un orchestre à eux tout seul, louvoyant, improvisant autour des mots rebelles du prince poète de l’anarchie, alors que Caroline Casadesus, crinière flamboyante et timbre de soprano lyrique fait tourbillonner ses vocalises avec en guise de coup de chapeau et d’humour une « Casta Diva » qui embrasse et embrase…

Les aventuriers de l’Odyssée ont clôt en beauté leur chapitre hongrois.

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1 Message

  • Odyssée du Danube – Chapitre 2 27 mai 17:20, par Gabriela Ziakova

    Bonjour,
    Je suis intéressée d’en savoir davantage sur votre rencontre avec Albert Marencin à Bratislava en 2007.
    Je vous remercie par avance pour votre réponse.

    A vous lire,
    Gabriela Ziakova

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