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Critiques / Théâtre

Nuremberg, la fin de Goering

par Corinne Denailles

Du Théâtre documentaire

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Metteur en scène et comédien, à 27 ans, Arnaud Denis a déjà ce qu’on peut appeler une carrière derrière lui. Après son dernier spectacle, Autour de la folie, qui a recueilli de beaux éloges, il s’est tourné vers l’exercice difficile du théâtre documentaire sur le sujet délicat du procès de Nuremberg par lequel les crimes nazis ont été désignés comme crimes contre l’humanité. Le 20 novembre 1945 s’ouvrait à Nuremberg le procès intenté par le Tribunal militaire international aux principaux responsables politiques, économiques et militaires du régime nazi. Vingt et une personnes y furent jugées par les représentants des quatre puissances alliées, les Etats-Unis, le Royaume Uni, l’URSS et la France. Arnaud Denis a choisi de mettre en scène les interrogatoires d’Hermann Goering, le numéro deux du Reich. On suit Goering aux audiences et dans sa cellule. Arnaud Denis a écrit lui-même le texte. Il a procédé à un montage d’archives pour ce qui touche les audiences. Les scènes dans la cellule rapportent des dialogues qui sont en partie fictifs. C’est dire le travail documentaire scrupuleux qu’il lui a fallu entreprendre. Son spectacle est sans concession, parfois difficile à entendre, même si on connaît bien ces heures sombres de notre histoire. Entre autres arguments de défense prononcés par Goering à propos des expériences de congélation conduites par les nazis sur les internés : « je n’étais pas au courant des détails »…

D’un point de vue artistique, la mise en œuvre est parfois un peu maladroite comme cette alternance systématique des scènes tribunal/cellule dont le principe alourdit le cours du spectacle. Le choix du comédien allemand Götz Burger pour jouer Goering est évidemment théâtralement fort, même si Burger gagnerait à plus de naturel dans son interprétation, tout comme Raphaëlle Cambray qui donne un excès de solennité à la déposition en elle-même bouleversante de Marie-Claude Vaillant-Couturier. Probablement intimidés par la responsabilité d’une telle entreprise, les comédiens n’osent pas vraiment s’emparer de leurs rôles. Il n’en reste pas moins que ce spectacle rend fort bien compte de ce que fut ce procès et de son enjeu majeur exprimé par Robert Jackson (Jean-Pierre Leroux, sobre et juste) : s’il échoue à confondre Goering, personnage cynique et rusé, ce sera le principe même des procès de Nuremberg et de la notion de crime contre l’humanité qui deviendra caduque. Un aspect fondamental, moteur du spectacle, qui crée une tension de nature politique et évite l’écueil d’une trop forte charge émotionnelle. Bien que ce parti pris donne du fil à retordre aux acteurs, Arnaud Denis signe un spectacle exigeant qui remplit sérieusement sa fonction de transmission historique.

Nuremberg, la fin de Goering, de mise en scène Arnaud Denis ; décor, Edouard Laug ; lumières Laurent Béal ; avec Götz Burger, Jean-Pierre Leroux, Arnaud Denis et David Zeboulon (en alternance), Raphaëlle Cambray, Jonathan Max-Bernard. Au Vingtième théâtre, du mercredi au samedi à 21h30, le dimanche à 17h303. Tel : 01 48 65 97 90.

Photo Lot

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