La Damnation de Faust de Berlioz au Théâtre des Champs-Élysées le 12 novembre
Non de quoi se damner
La légende dramatique de Berlioz est prétexte à une mise en scène laborieuse que ne sauve pas entièrement sa réalisation musicale.
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- 14 novembre 2025
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BERLIOZ NE DESTINAIT PAS SA DAMNATION DE FAUST à une représentation scénique, œuvre lyrique de concert qu’il avait primitivement intitulée « opéra de concert » puis définitivement « légende dramatique ». Il n’empêche que depuis le début du XXe siècle (à la suite d’une production à l’Opéra de Monte-Carlo), l’habitude est parfois venue de pourvoir l’œuvre d’une mise en scène, à l’instar de tout opéra. Avec des fortunes diverses. Car l’ouvrage ne se prête guère à une représentation scénique, faisant cohabiter souvent des actions simultanées.
On était donc dubitatif à l’annonce d’un « opéra mis en scène » dans la programmation de saison du Théâtre des Champs-Élysées. Et le résultat ne convainc guère, quand bien même d’autres réalisations avaient parfois su trouver une note plus juste (comme naguère celle de La Fura dels Baus à Salzbourg). Ici, la metteuse en scène Silvia Costa se contente d’un pauvre canapé-lit mal éclairé avec un personnage transi (de froid ?), puis, après un entracte, mal placé à la fin de la troisième partie, le déploiement de l’orchestre (précédemment confiné dans la fosse) et des chœurs sur le plateau (peut-être en référence à la vraie vocation de l’œuvre ?) devant lesquels s’ébrouent laborieusement les solistes. Peu séduisant et peu significatif !
Des hauts et des bas
Le plateau vocal des solistes se donne pourtant entièrement. Mais avec des hauts et des bas ! Le ténor tchèque Petr Nekoranec (remplaçant Benjamin Bernheim des précédentes représentations, et qui apparemment n’avait pas vraiment convaincu) se donne entièrement pour Faust, d’une voix bien affirmée et d’une bonne élocution française (en dépit de certains « je » prononcés « yé »). La mezzo-soprano d’origine russe Victoria Karkacheva campe une Marguerite de bonne facture, bien que peu nuancée et d’un français à peu près conforme. Le baryton-basse Christian Van Horn est pour sa part un Méphistophélès tout d’un bloc, dont on aurait peut-être goûté plus de subtilités. Alors que le baryton Thomas Dolié pour l’épisodique Brander s’acquitte bien de son apparition.
Côté orchestre, celui des Siècles, la conviction ne l’emporte pas davantage. Jakob Lehmann le dirige de façon fruste voire un peu brutale, et l’on perçoit peu la couleur variée des mille timbres qui caractérisent la géniale partition. On est loin des belles prestations de Berlioz données en son temps par le fondateur de l’ensemble Les Siècles, François-Xavier Roth (qui n’est aucunement mentionné pour la biographie des Siècles dans le programme de salle) ! Le Chœur de Radio France et la Maîtrise de cette même Radio France, s’épanchent cependant avec l’éclat, voire la délicatesse, qui conviennent. Donc un ensemble musical avec des hauts et des bas, comme nous disions.
Illustration : Christian Van Horn dans la Quatrième partie (photo Vincent Pontet)
Berlioz : La Damnation de Faust. Petr Nekoranec (ténor), Victoria Karkacheva (mezzo-soprano), Christian Van Horn (baryton-basse) et Thomas Dolié (baryton). Mise en scène : Silvia Costa. Chœur et Maîtrise de Radio France, orchestre Les Siècles, dir. Jakob Lehmann. Paris, Théâtre des Champs-Élysées, 12 novembre 2025. Prochaine et dernière représentation le 15 novembre.



