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Critiques / Théâtre

Mère Courage de Bertolt Brecht

par Gilles Costaz

L’écorchée vive

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Anne-Marie Lazarini aborde Mère Courage et ses enfants hors du regard historique habituel. Nous sommes bien dans la guerre de Cent ans mais nous en sommes, en même temps, très loin. Le beau décor blanc de François Cabanat, pendant lequel la fameuse charrette d’Anna change discrètement d’emplacement et de forme, efface les épisodes et les blessures. Cette guerre, où la cantinière fait ses affaires et tente de sauver les siens sans souci des autres, est de tout temps. Il n’y a plus de passé, plus d’imagerie, il n’y a que le présent, le moment immédiat.
Sylvie Herbert, en mère Courage, a pour mission de rendre plus attachant le personnage. Pour Brecht, c’est une femme pervertie par l’appât du gain, une civile qui aime la guerre et ne peut vivre sans elle. Pour Anne-Marie Lazarini, c’est une mère, une pauvresse, qui n’a pas d’autre solution. A la première représentation, l’actrice n’avait pas trouvé l’épaisseur et la complexité de son rôle. Elle était tout en force, tout en cris, plus écorchée vive que blessée de l’intérieur. Sans doute a-t-elle progressé pour atteindre à une interprétation moins univoque et conforme aux intentions du metteur en scène. Auprès d’elle, ses partenaires, Michel Ouimet (l’aumônier), Frédérique Lazarini (Yvette), Marc Schapira (le cuisinier) et Judith d’Aleazzo (la fille muette), donnaient une puissance plus claire, plus évidente à leur personnage. Mais l’on ne concentre pas impunément le temps chez Brecht : il manque là le poids des décennies, le poids d’un siècle qui défait le monde et les individus. Le spectacle de l’Artistic Athévains – et c’est son charme singulier -, c’est un concentré, un condensé qui se resserrent plus du côté esthétique que de l’enjeu tragique.

Mère Courage de Bertolt Brecht, traduction de Benno Besson et Geneviève Serreau, mise en scène d’Anne-Marie Lazarini, création sonore d’Hervé Bourde, décor de François Cabanat, costumes de Dominique Bourde, avec Sylvie Herbert, Judith d’Aleazzo, David Fernandez, Hervé Fontaine, Michel Ouimet, Marc Schapira, Frédérique Lazarini, Claude Guedj. Théâtre Artistic Athévains. Mardi 20h, mercredi, jeudi, 19h, vendredi, samedi, 20h30, dimanche 16h. tél. : 01 43 56 38 32 (durée : 2 h 30).

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