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Critiques / Festival

Menschel et Romanska de Hanokh Levin

par Bruno Bouvet

Tendresse et cruauté

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C’est un bonheur de théâtre qu’il faut s’empresser d’aller partager. Un bonheur tel que les mots ronflants semblent vraiment superflus pour décrire une émotion, où se confondent gravité et irrésistible drôlerie. Ici, point de vidéo, d’images projetées ou de scénographie sophistiquée. Un espace nu, magnifique de simplicité (la chapelle Sainte-Claire du Théâtre des Halles) ; une nouvelle d’Hanokh Levin (1943-1999), jamais portée à la scène, dans laquelle l’auteur israélien développe avec une verve réjouissante un univers grinçant d’où la tendresse n’est jamais absente ; une approche intelligente et sensible du texte, signée Olivier Balazuc, le metteur en scène ; un comédien merveilleux qui se met au service de deux personnages et révèle la grandeur de leurs petitesses… Car Daniel Kenigsberg prête sa voix malicieuse au destin tragiquement quotidien de Menschel et Romanska,. Deux célibataires endurcis qui, par la grâce (si l’on peut dire…) d’une conversation téléphonique vont se retrouver pour une première rencontre, un samedi soir à Tel-Aviv. Ce soir, Menschel a décidé de se faire beau pour échapper à une solitude qui l’enferme depuis trop longtemps… Mais la réalité est tenace et les rêves d’amour et de félicité à deux se heurtent au visage ingrat et aux manières brutes de Romanska. D’autant que Menschel n’est pas seulement le malheureux solitaire que l’on voudrait consoler, c’est un indécrottable radin qui garde sa fierté et ses travers et n’est pas prêt à tout pour s’assurer les faveurs de ce laideron revêche. D’une plume alerte, dont la traduction et l’adaptation de Laurence Sendrowicz rendent toute la tendre cruauté, Hanokh Levin décrit la lutte acharnée de ces deux humains pour sortir d’une condition, inscrite dans la médiocrité et la lâcheté. L’auteur israélien, comme toujours, laisse entendre que le combat est perdu d’avance mais il est trop élégant et trop fin pour ne pas laisser percevoir une petite lueur d’espoir. De ce spectacle en forme de miroir de la condition humaine, on sort le cœur chaviré et joyeux.

Menschel et Romanska de Hanokh Levin. Avec Daniel Kenigsberg. Mise en scène : Olivier Balazuc. Traduction : Laurence Sendrowicz. Adaptation : Olivier Balazuc, Laurence Sendrowicz, Daniel Kenigsberg. Théâtre des Halles, rue du Roi René, 84000 Avignon. Jusqu’au 29 juillet. Durée : 1 h. Tarif : 15 € (Carte Off : 10, 50€) Tél : 04 32 76 24 51

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