à Paris, au Poche-Montparnasse
Qu’est-ce que le temps ? Livre XI de saint Augustin
Une question de tout éternité

Qu’est-ce que le temps ?, voilà une question vertigineuse explorée par le philosophe et théologien Augustin d’Ippone au IVe siècle dans le livre XI des Confessions.
On fait l’expérience du temps comme monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir, à ceci près que l’on sait définir la prose. Comme nous tous, saint Augustin croit savoir ce qu’est le temps, tant cette notion est inhérente à nos vies, mais, dès qu’on lui demande de l’expliquer, alors il ne le sait plus. On éprouve le temps, mais on ne peut le définir, car ce serait être capable d’en exprimer ses limites, ses contours, or le temps n’en a pas, il échappe à l’analyse philosophique.
Nous savons bien que le présent n’existe pas puisque, aussitôt là, il disparaît dans le passé qui lui-même n’est plus, sinon dans notre mémoire. Passé, présent, futur n’existent que dans nos esprits à travers la mémoire (le passé), la perception (le présent) et l’attente (le futur). Pour Gaston Bachelard « Le paradoxe initial que met en avant saint Augustin est le fait de se demander comment le temps peut-il être alors que le passé n’est plus et le devenir n’est pas encore ». Saint Augustin envisage alors qu’on pourrait parler de trois présents, celui du passé dont on se souvient, celui du présent tel qu’on le perçoit et celui de l’avenir tel qu’on l’imagine.
Notre incapacité à concevoir le temps en soi explique notre impuissance à concevoir la notion d’éternité. À la question « que faisait Dieu avant la création ? », le philosophe répond qu’il n’y a pas d’avant puisque Dieu est de toute éternité. Impuissance joliment épinglée par Woody Allen quand il dit « L’éternité c’est long, surtout à la fin »
Le metteur en scène et philosophe Denis Guénoun réussit le pari audacieux de représenter un discours philosophico-théologique. Il fonde le spectacle sur le corps, celui de l’acteur et celui du texte, donnant ainsi corps à l’abstraction de la pensée à travers la rythmicité de la parole, les modulations de la voix et des mouvements, la musique qui a partie liée avec le temps, et les silences qui sont encore du temps.
Dans un espace vide et noir, le comédien fait vibrer la pensée de saint Augustin. Il s’adresse à Dieu, à lui-même, interpelle les spectateurs. Animé par une curiosité fervente, il interroge, s’emballe, s’emporte, se débat dans cette impossible réflexion qui pourrait rendre fou à force d’échapper à la raison. On parle souvent de l’intensité du regard du comédien tant il est vrai qu’il nous saisit et nous invite à cheminer à ses côtés dans cette aventure de l’esprit extraordinairement moderne.
Stanislas Roquette est un familier des spectacles seul en scène où il excelle. On se souvient de son interprétation fervente d’Ode maritime de Fernando Pessoa (webtheatre, 14 juillet 2017) . Actuellement en tournée, son spectacle insuline et magnolia (webtheatre 3 février 2023). Le comédien se fait souvent passeur de culture, éveilleur de conscience et de curiosité. Parions qu’à la sortie du spectacle, certains se précipiteront chez leur libraire pour lire les treize volumes des Confessions de saint Augustin.
Voir l’article de Gilles Costaz du 8 janvier 2014 à l’occasion des représentations données au théâtre de Chaillot. Le spectacle a été créé à Branques en 2010.
Qu’est-ce que le temps ? Livre XI des Confessions de Saint Augustin. Traduction Frédéric Boyer (P.O.L, 2008. Mise en scène Denis Guénoun. Avec Stanislas Roquette. Lumière, Geneviève Soubirou. Musique Franz Schubert, An Den Mond (D193). À Paris, au Poche-Montparnasse du mardi au samedi à 21h. relâche du 16 au 20 septembre et les 4 et 8 novembre.
www.theatredepoche-montparnasse.com
Photo Sébastien Toubon
![Zoé [et maintenant les vivants]](local/cache-vignettes/L400xH600/231004_rdl_0289-32aba.jpg?1727881100)


