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Critiques / Théâtre

Mariage(s)

par Caroline Alexander

Ménages en dérapages

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Depuis un mois à l’Artistic-Athévains, le théâtre d’Anne-Marie Lazarini, deux courtes pièces qu’elle vient de mettre en scène révèlent les ressorts loufoques des mariages en salade russe. La première, du tourmenté Gogol (1809-1852), l’homme des Ames Mortes et du Revizor, prend le problème du mariage à l’envers, quand le mariage devient impossible pour cause de prétendant fuyant. Hyménée conte en effet les hésitations et retournements de situations d’un vieux garçon mollasson qui rêvasse d’union pour échapper à son ennui et si possible en tirer profit.

Les émois d’un pleutre

Podkoliossine, célibataire fainéant et déjà ranci par l’âge, joue au chat et à la souris avec les marieuses et entremetteuses qui lui proposent les partis les plus juteux. Au défilé de damoiselles dotées, le damoiseau mal dans sa peau se défile... C’est du burlesque sous psychanalyse, avant l’invention de la psychanalyse, de la satire sociale avant le marxisme, les émois d’un pleutre qui panique à l’idée de devoir prendre une décision. Gogol élabora quatre versions de sa comédie avant d’en livrer une, au bout de neuf années de labeur, considérée comme définitive. Les tergiversations de son héros, éternel insatisfait, ne sont peut-être pas loin d’un autoportrait par l’absurde. L’écriture est incroyablement moderne, découpée comme un film à gags du temps du muet, et c’est ainsi que l’a monté Anne-Marie Lazarini, en saccades éclatées, avec un Michel Ouimet aux ahurissements de Buster Keaton.

Un petit monde totalement déjanté

On rit en sourdine avant de rire aux éclats en passant à La Noce mise en déroute un demi siècle plus tard par Anton Tchekov. Comme chez Bertolt Brecht mais bien avant lui, nous sommes chez des petits bourgeois célébrant l’union de leurs enfants autour d’un banquet qui peu à peu va virer au cataclysme. Etalage des trousseaux et des petites fortunes, du menu d’un festin raté et du catalogue de quelques vies ratées. Le marié est dépressif et cocu, la mariée est nymphomane, l’alcool coule et les corps roulent... Tout ce petit monde est totalement déjanté. Il y a de l’aigreur dans l’air et la médiocrité a la goût de la farce... Que Brecht ait eu connaissance de cette allègre bouffonnerie paraît évident tant les situations de sa Noce chez les Petits Bourgeois ressemblent à La Noce tout court de Tchekov. Autour du même Ouimet, toujours placide et comme dépassé par les événements, les comédiens se déchaînent à un rythme d’enfer. Pas le temps de faire ouf. Ces Russes-là sont d’authentiques vaudevillistes. Aussi drôles et aussi noirs que nos Feydeau, Labiche ou Courteline.

Mariage(s), Hyménée de Gogol et La Noce de Tchekov, traduction, adaptation Sylviane Bernard-Gresh et Anne-Marie Lazarini, mise en scène d’Anne-Marie Lazarini, musique Hervé Bourde, décors et lumières François Cabanat, costumes Dominique Bourde avec Michel Ouimet, Judith d’Aleazzo, Bruno Andrieux, Jacques Bondoux, Jennifer Catelain, Catherine Chauvière, David Fenandez, Dominique Gras, Claude Guedj, Isabelle Mentré, Dimitri Radochévitch, Andréa Retz-Rouyet. Théâtre Artictic Athévains - Jusqu’au 28 janvier 2006 - Tel. : 01 43 56 38 32.

Crédit photo : Marion Duhamel

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