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Critiques / Festival

Les langues paternelles de David Serge

par Bruno Bouvet

De la difficulté d’être père

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Comment assumer la paternité lorsque son propre père a été défaillant ? Comment éviter la reproduction mécanique d’un schéma sans expression d’amour ? Que parvient-on à transmettre à ses enfants ? Toutes ces questions traversent le spectacle proposé par le jeune collectif belge « De Facto » mais jamais elles ne le transforment en une démonstration poussive et ennuyeuse !

Bien au contraire, cette adaptation pour la scène du roman de David Serge, paru en 2006 aux Editions Robert Laffont, est servie par une dramaturgie énergique, volontiers ludique et malicieuse.

Ici, toute la part est donnée aux mots, sortis de la bouche de trois comédiens épatants qui se partagent les rôles avec une belle complicité sur un plateau nu en forme de feuille blanche, où ils inscrivent au feutre noir les mots clés de l’histoire qu’ils racontent. Cette histoire, c’est celle de David, un jeune père de famille qui apprend la mort de son propre frère alors qu’il est en balade éducative au Futuroscope avec ses enfants. Dès lors, tout se mêle. L’enfance de David dans une famille juive sans beaucoup de ressources, dominée par une figure paternelle qui ne savait pas trouver les mots de l’affection et le rapport qu’il entretient aujourd’hui avec ses enfants, lui le père qui veut tout contrôler par peur de ne pas donner ce qu’il n’a pas reçu. Le narrateur n’épargne pas son père mais il s’administre le même traitement sans faveur, jetant sur son parcours un regard caustique et drôle, plein d’une vérité assez universelle.

On sait aujourd’hui que le journaliste Daniel Schneidermann, grand pourfendeur des dérives médiatiques dans « Arrêt sur Images », se cache derrière le pseudonyme de David Serge, comme il le révéla six mois après la sortie de son « roman ». Si l’identité de l’auteur renseigne sur la qualité de sa plume, le travail de cette compagnie belge et de son tout jeune (et ô combien prometteur) metteur en scène dépasse très largement le cadre du témoignage personnel. Les paroles qui se déversent sur la scène, en un flot ininterrompu qui touche au cœur, célèbrent la puissance libératrice du langage. L’un des meilleurs outils qui soit donné aux pères et aux fils pour transmettre du savoir comme de l’amour.

Les langues paternelles de David Serge, par le Collectif De Facto. Interprètes : Hervé Piron, Vincent Sornaga, Renaud Van Camp. Mise en scène : Antoine Laubin. Assistanat à la mise en scène : Christelle Alexandre ; Dramaturgie : Thomas Depryck ; Lumières : Gaspard Samym.
Théâtre des Doms, 1 bis rue des Escaliers Sainte Anne ; 84000 Avignon ; A 11 h, jusqu’au 27 juillet. Durée : 1 h 15. Tarif : 14 € (Carte Off : 10 €)

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