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Critiques / Théâtre

Les Sortilèges de l’amour de Goldoni et Gozzi

par Gilles Costaz

Le carnaval des animaux

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Si vous êtes connaisseur du théâtre italien (mais ce n’est pas nécessaire pour apprécier Les Sortilèges de l’amour), vous savez sans doute que, dans la folle Venise du XVIIIe siècle, les auteurs Carlo Gozzi et Carlo Goldoni étaient des rivaux acharnés. Le premier écrivait des pièces féeriques, avec lesquelles les acteurs prenaient – en accord avec lui - toutes les libertés de l’improvisation ; le second composait des comédies de caractère et luttait contre le principe de la « commedia dell’arte » qui permet à tout interprète de faire ce qu’il veut du texte qu’il a à jouer. Gozzi l’emporta. Humilié par le triomphe d’un théâtre qu’il jugeait grossier, Goldoni partit s’exiler en France, où il allait mourir dans la pauvreté. La postérité devait lui rendre tardivement justice, en le préférant – et de loin – à Gozzi. Le petit et magique théâtre de la Comédie italienne a été créé à Paris il y a une trentaine d’années par Attilio Maggiulli en hommage à Goldoni. On n’y joue pratiquement que des pièces de l’auteur de La Locandiera. Que se passe-t-il aujourd’hui ? Voilà le nom de Goldoni accolé à celui de son ennemi de toujours, Gozzi ! Maggiulli a essayé de les accorder, à titre posthume, avec une comédie qui réunit un texte de l’un et un texte de l’autre. Il a exhumé un livret d’opéra de Goldoni, Le Talisman magique, et il l’a combiné avec l’une des pièces les plus connus de Gozzi, Le Roi cerf. C’est du bricolage, mais farceur et inspiré. On y voit, dans une Chine fantaisiste, un roi prendre la forme d’un cerf grâce à un tour de magie dangereux (après, il faut parvenir à reprendre son apparence humaine !) et se faire ainsi disputer le pouvoir et sa jolie femme par un redoutable intrigant. Tout s’arrangera mais la couronne du roi et la vertu de l’épouse auront tremblé !
C’est une « féerie baroque », selon les termes de Maggiulli, mais le spectacle garde le charme, l’irrespect, la moquerie des réalisations comiques de ce petit théâtre qui semble avoir été créé par Arlequin en personne. Les effets de masques, de trompe-l’œil, de miroirs, de dorures continuent à troubler d’une manière allègre la perception du spectateur. Puisqu’il y avait un cerf en scène, Maggiuli a imaginé un masque d’animal pour chacun des personnages : c’est un vrai carnaval des animaux ! Les acteurs, David Clair, Candido Temperini, Jean-Jacques Pivert jouent dru, droit et sournois à la fois. Hélène Lestrade, la « prima diva » du lieu, est un enchanteur rossignol de l’intonation, bien qu’elle porte une tête de brebis. Voilà un théâtre de farce dans un palais des mirages. Unique à Paris, et peut-être même en Italie où l’on a laissé s’envoler un peu de cette tradition.

Les Sortilèges de l’amour d’après Goldoni et Gozzi, adaptation et mise en scène d’Attilio Maggiulli, décors de Stéphane Vuarnet, costumes de Farani et Koubbachian, masques de Thierry Graviou, avec Hélène Lestrade, David clair, Jean-Jacques Pivert, Valérie Français, Olivier Solivérès, Candido Tempirini, Thomas Asselineau, Roberto Armini. Comédie italienne, tél. : 01 43 21 22 22, jusqu’à la fin juillet, reprise à la fin août. Durée : 1 h 50.

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