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Critiques / Théâtre

Les Parenthèses orphelines de Danièle Sallenave

par Gilles Costaz

La comédie de la vie littéraire

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A et B sont à table. Ce sont deux écrivains, fines gueules et grandes gueules, profitant d’un dîner dans un restaurant pour parler littérature. Ils mangent et boivent goulûment. Ils affichent une petite culture qu’on devine faite de trous mais dont ils tirent une grande vanité. L’un, particulièrement ignorant, croit qu’il a écrit Andromaque (mais il reconnaîtra qu’il l’a rêvé ! ) ; l’autre corrige les titres des grands classiques, estimant, par exemple, que Crime ou Châtiment aurait été bien supérieur à ce titre idiot qu’est Crime et Châtiment. De verre en verre, nos deux tartarins de l’écriture refont le monde, déplorent leurs échecs, mettent en avant leur œuvre passée et à venir. A avait publié Henri Pottier juste avant que ne paraisse Harry Potter, B prépare un ouvrage important sur lequel il ne peut rien dire. Le serveur s’impatiente de voir ces deux clients qui ne décollent pas. A trois heures du matin passées, ils décident de réécrire Don Quichotte, d’une manière un peu illisible. Le vrai chef-d’œuvre est le livre où on ne lit pas tout, dit l’un d’eux…

Un esprit un peu oulipien

Si les parenthèses sont « orphelines », comme le dit le titre, c’est parce que l’un des écrivains ne disposent, dans sa police de caractères, que de parenthèses de droite et pas de parenthèses de gauche. Le rire de Danièle Sallenave est un peu oulipien. C’est une satire des auteurs vaniteux, mais c’est aussi un jeu sur la culture et l’exercice de l’écriture. L’auteur fait feu de tout bois pour se moquer des autres et, très certainement, d’elle-même. Jonathan Duverger a fait une mise en scène pointilliste et pointilleuse, tout en se réservant le rôle discret du serveur. Emmanuel Guillon interprète l’écrivain en VRP qui n’a rien du poète. Jean-Marie Villégier, au contraire, joue un palabreur colossal, une figure de la vie nocturne parisienne. Ils forment un duo de grands duettistes. La pièce est l’entracte d’un écrivain qui pouffe de rire quand le deuxième degré le visite alors qu’il est attelé à un travail tout emprunt de gravité. Et cet intermède, follement amusant une fois qu’il est organisé en comédie et si bien incarné, n’est plus réservé à son propre divertissement intérieur mais à tout un public qui aime la littérature en sachant se gausser de ses pompes et de ses faux pontifes.

Les Parenthèses orphelines de Danièle Sallenave, mise en scène de Jonhatan Duverger, avec Emmanuel Guillon, Jean-Marie Villégier et Jonathan Duverger. Lucernaire, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 25 avril. Durée : 1 h 15.

Crédits photo : Stéphanie Poteau

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