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Critiques / Théâtre

Les Iles Kerguelen d’Alexis Ragougneau

par Gilles Costaz

Le conquérant brisé

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Les îles Kerguelen : un nom qui fleure bon l’aventure et qui désigne en réalité un territoire désolé. La pièce d’Alexis Ragougneau aime à briser les apparences et les légendes. L’histoire de la découverte de ces îles n’est qu’une accumulation d’échecs. En 1772, Yves de Kerguelen donna son nom à un territoire de l’Océan indien où il ne mit jamais les pieds, laissant l’un de ses officiers y aborder, et où il n’y a que des cailloux et une terre aride. L’auteur croise différents fils : les avatars des différents bateaux qui accomplirent là-bas, au cours de deux expéditions successives, leur mission de découverte et le rôle du roi Louis XV qui, comme Kerguelen lui-même, va sombrer dans une forme de folie.
La pièce est éclatée. La mise en scène de Frédéric Ozier l’unifie dans un décor unique de pont de bateau où les actions se croisent et se chevauchent. Le spectateur perd un peu pied, mêle les équipages, les navires et les années. Mais il suit néanmoins ce roman théâtral de la folie humaine dans ses grandes lignes. Le navigateur Kerguelen, pour Alexis Ragougneau, rejoint les grands déments de l’Histoire, dans la catégorie peu glorieuse de ceux qui n’ont jamais atteint la réussite et la gloire. D’où un spectacle volontairement braillard qui va vers le silence, une représentation éclairée qui va vers la nuit. La soirée crie, cogne, sans doute trop, avec excès, et ne se démarque pas toujours des représentations traditionnelles des épopées corsaires. Cela paraît parfois trop long mais il y a du nerf et un interprète, Antoine Cholet, qui confère au personnage d’Yves de Kerguelen, le conquérant brisé, une très séduisante étrangeté.

Les Iles Kerguelen d’Alexis Ragougneau, mise en scène de Frédéric Ozier (compagnie Acte6), scénographie de Neda Loncarevic, univers sonore de Ludovic Gugliellmazzi, lumières de Florent Barnaux, costumes de Victoria Vignaux, avec Emilie Patry, Antoine Cholet, Franck Clément, Benoît Costa, Frédéric Jessua, Aurélien Osinski, Xavier Valoteau. Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 25 octobre (1 h 30). Texte aux éditions de l’Amandier.

© Antonia Bozzi

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