Les Fiancés de Loches de Georges Feydeau

Que d’eau ! Que d’eau !

Les Fiancés de Loches de Georges Feydeau

Un quiproquo en trois actes qui emmène ses héros égarés d’un bureau de placement à un appartement bourgeois et à un établissement hydrothérapique. La pièce n’est pas la plus connue de Feydeau, elle copie un peu facilement le système Labiche : entrant dans une agence de placement en croyant avoir affaire aux services d’une agence matrimoniale, des visiteurs provinciaux sont engagés comme domestiques sans le savoir. Pris pour des fous, tandis qu’eux-mêmes s’imaginent avoir droit à tous les égards des jeunes gens à marier, ils provoquent une série de catastrophes avant d’être eux-mêmes saisis par l’engrenage des soins qu’un médecin d’avant-garde (on est en 1888) administre à ses malades en toute férocité. C’est, dans tous les sens du terme, la douche froide. Que d’eau ! Que d’eau !
Jean-Louis Martinelli, qui met en scène Norén ou Chouaki, n’était pas attendu sur ce terrain. Il s’y comporte fort bien en amplifiant la comédie jusqu’au délire (la scène finale dans les installations hydrothérapiques est aussi hilarante qu’inquiétante) et faisant surgir la vérité humaine et sociale. Il a transposé l’action aujourd’hui, ce qui pourrait paraître artificiel et pourtant devient évident dès le premier moment où une file de gens attendent d’être reçus au bureau de placement. En second plan, le spectacle nous parle de nos difficultés de vivre, du pouvoir bourgeois et d’une certaine terreur médicale. Mais sans priver le spectateur du plaisir de la comédie, qui peut venir de l’excentricité du décor et des costumes (on pense à Tati, à Chaplin, à Arias), de l’enchaînement subtil des gags, du surgissement de références modernes (la chanson Les Feuilles mortes, une danse proche du hip hop !). Les acteurs, auxquels se joignent des comédiens amateurs (avec leur poids d’authenticité), sont les premiers moteurs de ce monde si habilement réglé et déréglé : Abbes Zhamani, dans le rôle du docteur, est le plus spectaculaire, le plus lancé à l’abordage de ce piratage des us et coutumes. Mais Sophie Rodrigues, Maxime Lombard, Zakhariya Gouram, Christine Citi, Anne Rebeschini sont aussi convaincants dans ce carnaval démasqué.

Les Fiancés de Loches de Georges Feydeau, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, scénographie de Gilles Taschet, costumes de Patrick Dutertre, son de Jean-Damien Ratel, lumières d’Eric Argis, avec Christine Citti, Edea Darcque, Laurent Dolce, Zakariya Gouram, Maxime Lombard, Mounir Margoum, Anne Rebeschini, Sophie Rodrigues, Martine Vandeville, Abbès Zahmani, Séverine Chavrier. Nanterre-Amandiers, tél. : 01 46 14 70 00, jusqu’au 11 avril (1 h 50).

crédit photographique : Pascal Victor

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter depuis un quart...

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