Les Coloniaux d’Aziz Chouaki

Un kabyle à Verdun

Les Coloniaux d'Aziz Chouaki

1917, bataille de la Marne, combats de Verdun. Dans le lot des malheureux combattants, des Maghrébins, surtout des Algériens (ils sont plus de 170 000) : on les appelle des « coloniaux ». Certains mourront, certains rentreront au pays. Dans la perspective d’un spectacle commémoratif, on a demandé à l’écrivain algérien d’expression française Aziz Chouaki de se souvenir d’eux. L’auteur des Oranges et de Une Virée a choisi une forme, un ton que les commanditaires n’attendaient pas : la fable, la sotie, la parlerie, l’impertinence. Il a imaginé un berger que les autorités françaises essaient de convaincre de rejoindre les troupes de la guerre de 14. Quitter sa Kabylie pour sauver la France ? Il n’en a pas du tout envie, le jeune Mohand-Akli. Il se dérobe mais un figuier – arbre symbolique dans la culture algérienne, ici traité sur le mode comique – le harcèle, tente de le troubler, de l’endoctriner, de le séduire. Apprenant que les Pieds-Nickelés se seraient engagés parmi les pioupious du front, il cèdera, partira, survivra, reviendra, pour n’être traité que comme un paria.
L’excellent texte de Chouaki fait feu de tout bois : il blague, se délecte des arlequinades de la parole, jette soudain les chiffres du massacre et les récits du combat désespéré autour du fort de Domont, navigue de l’horrible à l’hilarant, parle du présent en traitant du passé, dénonce la France d’hier et tape sur l’Algérie d’aujourd’hui. L’auteur est même en scène pour interpréter le diabolique figuier et aussi jouer lui-même l’accompagnement musical. La partition de ce monologue ébouriffé est interprétée par Hammou Graïa qui la joue avec la noblesse des gens du peuple. La mise en scène de Jean-Louis Martinelli est cependant moins aiguë que pour la mémorable Virée. Le spectacle se perd un peu dans l’espace trop grand, bien que resserré. La relation entre les deux partenaires n’est pas assez exploitée. Le sens de la drôlerie populaire, qui irrigue les mots, est contenu par une tonalité trop respectueuse. La mise à feu était, dans la première semaine des représentations, trop modérée.

Les Coloniaux d’Aziz Chouaki, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Hammou Graïa et Aziz Chouaki, scénographie de Gilles Taschet, lumières de Jean-Marc Skatchko, vidéo de Pierre Nouvel. Nanterre-Amandiers, tél. : 01 46 14 70 00, jusqu’au 13 février (1 h 30). Texte aux Mille et une nuits.

Légende photo : Houmma Graïa et Aziz Chouaki
Crédits : Pascal Gély

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter depuis un quart...

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