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Critiques / Théâtre

Lehaïm ! - A la vie !

par Caroline Alexander

Essentiels graveurs de mémoire

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La reprise à la Maison de la Poésie de Lehaïm ! -A la vie ! , spectacle créé en 2005 au Théâtre du Soleil, reste un événement à ne pas manquer. Au-delà du théâtre, voilà un outil de réflexion qui se voit et s’écoute en vigilance attentive et trace des ondes dans les mémoires.
En hébreu ou chez les Juifs de la diaspora, l’expression « Lehaïm » s’utilise pour porter un toast. « Prosit ! », « Santé ! », « A la Vie » : c’est le titre retenu par Bernard Bloch et Bernard Chartreux pour leur traduction, adaptation et mise en théâtre de Portraits juifs , recueil d’entretiens de la journaliste et photographe allemande Herlinde Koelbl avec une trentaine de personnalités juives rescapées de la seconde guerre mondiale. Des écrivains, des philosophes, des artistes, des hommes politiques, des hommes de science, des psychologues, des cinéastes, des compositeurs…

Des trajectoires à la fois intimes et universelles

Hitler et les nazis leur ont fait fuir l’Allemagne, la Pologne, l’Autriche, la Hongrie dont ils étaient natifs, et où ils furent aimés et célébrés. Certains prirent les chemins de l’exil, d’autres furent déportés et survécurent, d’autres encore furent des résistants actifs. Ils répondent aux questions simples et directes de l’auteur, tentent de définir leur identité, leur rapport au judaïsme, à la judéité, à Israël. Pas une once de pathos, simplement des faits, des trajectoires à la fois intimes et universelles. Des vies bouleversées pour tous mais des points de vue qui forment une mosaïque de paradoxes, d’affirmations, de lignes de fuite et d’interrogations sans fin : qui suis-je ? pourquoi moi ? pourquoi nous ?

Le monde ne se remet pas de sa propre histoire

Il ne s’agit pas seulement de Juifs et de la tragédie de la Shoah : ce qui se dit et s’échange ici sur scène est en prise directe avec toute minorité dont la différence, fut-elle infime, ou oubliée, dérange. Jusqu’au meurtre. Le monde ne se remet pas de sa propre histoire. Si le génocide à l’échelle industrielle reste encore le triste apanage de l’Allemagne nazie, la chasse au bouc émissaire, au délit d’apparence ou d’appartenance, est restée ouverte sur bien des points du globe.

Bernard Bloch a retenu quatorze témoignages et les a divisés en quatre thèmes, « fauteurs de troubles », « foi et loi », bourreaux, victimes », « paix ». Quatre comédiens, une comédienne, un violoncelliste-acteur se partagent les personnalités, entre autres, de Bruno Bettelheim ; Klaus Kreiski (Philippe Dormoy), Hans Jonas, Artur Brauner (Paul Allio), Simon Wiesenthal (Bernard Bloch) Gitta Alpar (Evelyne Pelletier) Y. Leibowitz (Jean-François Labouverie) autour de Hélène Ninérola dans le rôle effacé et omniprésent de « celle qui pose les questions ». En contrepoint tout à tour pathétiques et comiques les interventions musicales de Hubertus Bierman, faisant pleurer son violoncelle ou rire son harmonica.

Lehaïm ! A la Vie ! de Bernard Bloch avec Bernard Chartreux d’après Portraits Juifs de Herlinde Koelbl. Mise en scène Bernard Bloch, scénographie François Duconseille, conception musicale Humbertus Biermann. Avec Paul Allio, Hubertus Biermann, Bernard Bloch, Philippe Dormoy, Jean-François Labouverie, Hélène Ninérola, Evelyne Pelletier –
Maison de la poésie – du mercredi au samedi à 19h, dimanche à 15h30 – Du 7 mars au 7 avril – 01 44 54 53 00

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