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Critiques / Théâtre

Le bal des fous par la compagnie des Chiffonnières et Le Cinérama

par Jacky Viallon

Théâtre d’animation

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Mais d’où vient cette magie qui se dégage de manière aussi apparente, naturelle et à la fois étonnante de ce spectacle, disons presque de cette féerie qu’est « le bal des fous » . La magie commence dehors au pied des escaliers en bois qui nous permettront d’entrer dans cette chaude et lumineuse roulotte aux dimensions et couleurs de rêve. La structure à dominante en bois est d’une belle équivoque : est-ce un navire ? Une sorte de manège ? Une roulotte qui pourfend des rêves et des pays magiques.

Après avoir été mis dans cette ambiance poétique et baroque par deux compères diablement sympathiques et accrocheurs nous pénétrons dans ce décor de l’ailleurs. (À souligner la dextérité vocale du bateleur et les étranges cassures qu’il nous syncope) Nous entrons alors dans un spectacle qui file bon train, la surprise, l’habileté et surtout la beauté d’une rigueur accomplie et subtilement pensée. Il y a pour nous combler et nous retenir sans cesse un mélange des genres dont l’acrobatie nous fait frémir. Emerveillés de la polyvalence de ces comédiens qui font du trapèze entre le chant, la manipulation, la comédie et de la musique on ouvre des « mirettes » comme des mômes devant une vitrine de Noël. Ce froissement des formes et genres dramatiques semble frictionner le spectacle et le dynamise dans un registre d’intelligence qui nous subjugue. À savoir également que les contrastes sont audacieux.

Donnons exemple précis : les marionnettes sont d’un réalisme qui pourrait nuire à une échappée onirique mais l’effet se trouve démultiplié grâce à une technique de manipulation qui accentue la magie du plateau. Ce mode de manipulation en marionnettes portées sur le côté permet au manipulateur non pas de jouer avec elle mais d’être aussi le personnage esquissé par la marionnette. Sorte d’ombre portée, vêtue comme les marionnettes dont on ne perçoit pas les détails mais qui accentue et souligne la gestuelle de l’objet, on pourrait presque dire qui l’humanise. On pourrait parler aussi de cette judicieuse manière d’utiliser l’espace. L’évolution de la marionnette se fait sur plusieurs niveaux : elle se soulève, traverse et vol d’un bout de plateau à l’autre, pour réapparaître dans un endroit inattendu. Mais la magie intervient encore une fois de plus et notre oeil interprète les parcours et les décode. Brecht appelait cela « l’auto-education du spectateur dans la pièce », principe basé sur le fait que le spectateur emmagasine les codes au fur et à mesure du visionnement et qu’il s’enrichit spontanément d’une expérience qui lui donne les clés de lecture.

La compagnie Les Chiffonnières et Cinérama jouent des trompe-l’œil, des manipulations à vue et d’autres farces de forme pour nous offrir une version plus qu’étonnante de ce Moby Dick. On s’enivre avec les personnages quand on est dans la taverne, on s’identifie aux personnages de notre choix et quand notre navire va se faire avaler par la baleine blanche, on frémit d’épouvante et on a envie de crier entracte. Heureusement notre « peur de plaisir » n’est pas frustrée ! Il n’y a pas d’entracte et le temps est bien trop court !

« Le Bal des Fous » par la compagnie des Chiffonnières et Le Cinérama animé par Arnaud Vidal, Natacha Muet, Steffie Bayer, Camille Trouvé et Gaëlle Pasqualetto. Après cette série de représentations sur la scène Equinoxe dans le cadre d’un week-end dédié aux Marionnettes prévision de tournées.

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