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Critiques / Théâtre

Le Temps des cerises de Niels Arestrup

par Gilles Costaz

L’ours et la poupée

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Est-ce l’événement de l’année ? Le retour à la scène de Cécile de France (qui n’avait joué que des spectacles discrets avant d’être totalement happée par le cinéma) et les débuts au théâtre d’Eddy Mitchell ont été annoncés comme l’affiche la plus considérable des temps modernes, ou à peu près. En outre, la pièce est du comédien Niels Arestrup, -qui, lui aussi, fait ses premiers pas dans l’écriture théâtrale, ce qui a aussi déclenché la pâmoison. Loin de l’hystérie mise en œuvre, on dira que le spectacle ne mérite ni cet excès d’honneur, ni une éventuelle indignité. C’est une soirée pleine de charme où chacun est en mineur dans une entreprise qui ne cherche qu’à donner une lumière intime sur la vie de deux êtres que tout oppose, que le hasard réunit et que les circonstances séparent.
Lui est un peintre misanthrope, qui doute de lui et ne veut voir personne dans sa maison isolée. Elle est la jeune fille qu’on lui assigne pour s’occuper quelque temps des affaires courantes. Il s’arrange pour ne pas la rencontrer mais, perdu dans ses rêves et son désarroi, il ne fait pas attention au changement d’heure. Un jour, elle est là, dans la cuisine, à un moment où il entre en espérant être seul. Il bougonne mais, peu à peu, la jeune fille saura lui plaire. La boule de dureté dans laquelle le peintre s’abrite va fondre. Cette inconnue n’est d’ailleurs pas une simple servante ; ele n’est pas venue innocemment. Elle fait aussi de la peinture et elle a été frappée, enrichie, bouleversée par une exposition de cet ours qui se méfie d’elle (d’ailleurs on pense, un peu, au film L’Ours et la Poupée). Quelque chose va se passer entre eux, qui relèvera plus de l’acte artistique que de l’acte amoureux. Jusqu’à ce que vienne le moment de l’éloignement et des impossibles retrouvailles.

Stéphane Hillel met en scène délicatement ce petit concerto dans un vaste et beau décor d’Edouard Laug. Eddy Mitchell, qui a avec lui le métier de la scène et les expériences du cinéma, trouve aisément l’équilibre entre la parole distillée et le silence mystérieux. Cécile de France est la grâce même, dans une simplicité aérienne. Stéphane Wojtowicz, en marchand d’art intéressé, et Clara Borras, en familière de la maison, parviennent à n’être pas de simples passants. La pièce d’Arestrup est un air de violon qui aurait pu plus résonner sur des notes plus variées mais, dans sa linéarité, nous touche avec des cordes très sensibles. Ce n’est pas un roman, c’est une nouvelle. Et même une bonne nouvelle.

Le Temps des cerises de Niels Arestrup, mise en scène de Stéphane Hillel, décors d’Edouard Laug, lumières de Laurent Béal, musique de Michel Gaucher, avec Cécile de France, Eddy Mitchell, Clara Borras, Stephan Wojtowicz, théâtre de la Madeleine, tél . : 01 42 65 07 09 (duré : 1 h 25).

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