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Critiques / Théâtre

Le Retour au Désert de Bernard-Marie Koltès

par Caroline Alexander

Un désert mal irrigué

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Singulière épopée que celle de l’avant-dernière pièce de Bernard-Marie Koltès, auteur de théâtre essentiel de la seconde moitié du 20ème siècle, emporté par le sida à l’âge de 41 ans : Le Retour au Désert satire grinçante des retombées de la guerre d’Algérie sur « une ville de province de l’Est de la France », écrite et composée aux mesures d’une actrice d’exception, inconnue des tréteaux de l’avant-garde, Jacqueline Maillan, vient de faire son entrée au répertoire de la Comédie Française. Où, manifestement elle n’a pas encore trouvé sa place.

L’œuvre de Koltès mériterait pourtant largement d’y figurer depuis que la grande maison de Molière a ouvert ses portes aux auteurs d’aujourd’hui. De La Nuit juste avant les Forêts à Roberto Zucco, en passant par Combat de Nègres et de Chiens, Quai Ouest révélés par Patrice Chéreau, pour ne citer que les principaux titres, la noire écriture de Koltès a bel et bien révélé son époque. Visions nocturnes, ramassées, parfois cinglantes d’un temps désespéré se retrouvent de comédie en tragédie comme autant de pièces à conviction. Le Retour au Désert, où le grotesque se dispute la place au tragique en constitue l’une des plus fortes illustrations.

L’Algérie comme seconde patrie…

Thomas Blanchard (Edouard) / Julie Sicard (Fatima) / Martine Chevallier (Mathilde) / Bruno Raffaelli (Adrien), Catherine Hiegel (Marthe)

A Metz – bien que la ville ne soit pas citée, elle est celle où naquit Koltès - , au début des années 60, alors que la guerre fait rage dans l’Algérie colonisée, Koltès nous convie à un règlement de comptes familial. Où un industriel pantouflard reçoit la visite pas désirée du tout d’une sœur vagabonde qui avait choisi l’Algérie comme seconde patrie et qui décide, vu les circonstances, de revenir au bercail. Car elle est l’héritière en titre de la demeure patriarcale où son frère, héritier de l’usine familiale, a élu domicile en squatter. Elle arrive flanquée de ses deux enfants, il résiste, flanqué d’un fils stupide et de ses deux domestiques, dont Aziz, le fidèle serviteur arabe. Pendant ce temps en ville, les cafés algériens sont dynamités par la droite nationaliste…

Muriel Mayette, nouvelle administratrice de la Comédie Française depuis l’éviction précipitée de Marcel Bozonnet en juin dernier, signe une mise en scène à contresens. Propre, bien léchée, bien élevée… Sans âme. Le décor d’une neutralité passe-partout n’apporte rien, la réalisation sonore et la musique de Michel Portal meublent habilement les changements de scènes, la distribution réunit une poignée de comédiens maison qui semblent vainement chercher leurs marques. Martine Chevalier erre à contre emploi en frangine déboussolée et revancharde, Bruno Raffaelli, reprenant le rôle créé naguère par un Michel Piccoli à la fois lâche et féroce, campe le frère usurpateur dans la tradition du vaudeville, Michel Favory parle arabe, Catherine Ferran, Catherine Hiégel, Catherine Sauval, leurs copains et copines jouent chacun pour soi sa partition. Impossible de trouver un vrai point de vue, une ambiance dans cette quasi-totale absence de direction d’acteurs. Le tragique et le grotesque restent accrochés au vestiaire des intentions. L’ennui s’installe. Le rendez-vous avec Koltès n’a pas lieu.

Le Retour au Désert de Bernard-Marie Koltès, mise en scène Muriel Mayette, scénographie et lumières Yves Bernard, costumes Marie Beltrami, musique Michel Portal, son Jean-Luc Ristord. Avec Martine Chevalier, Bruno Raffaelli, Catherine Ferran, Catherine Hiégel, Catherine Sauval, Michel Favory, Alain Lenglet, Michel Vuillermoz, Julie Sicard…
Comédie Française – en alternance – 0 825 10 16 80

Crédit photos : Brigitte Enguérand

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