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Critiques / Théâtre

Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux

par Gilles Costaz

Des clowns très humains.

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Le Jeu de l’amour et du hasard est une pièce grave car son histoire met en cause l’ordre social. Un domestique peut-il aimer un maître ? Un noble peut-il épouser une servante ? Ce jeu de travestissements frôle sans cesse le scandale, jusque à ce que Marivaux rassure son public : la domesticité s’est reconnue à travers ses goûts simplets et se marie sans sortir de sa caste, l’aristocratie ne se mésallie pas puisqu’elle a peu à peu senti la vérité derrière la mascarade et se rejoint dans ses goûts et son sentiment de la vie. Mais la pièce, tout au long de sa course, fait sursauter, dérange, prend son siècle à rebrousse-poil. Elle est interprétée le plus souvent en suivant le fil complexe du miroitement des sentiments. Pourtant, elle fut créée par les comédiens italiens installés à Paris, donc par des farceurs, des maîtres du jeu comique et roué. Erika Vandelet va dans cette direction. Elle n’est pas la première (Alfredo Arias et Gilles Bouillon ont adopté ce point de vue-là) mais, faisant de la pauvreté une richesse, elle place l’action sur une scène nue, presque un ring, autour de laquelle les personnages peuvent aller et venir, mais c’est sur ce lieu de combat, d’affrontement que les personnages se heurtent, parfois ridicules et plaisant à la manière de clowns très humains.
Pas de respect strict du XVIIIe siècle. On est dans notre société, avec le souvenir d’hier. Pour Erika Vandelet, les personnages reviennent d’une fête, au petit jour. Ils ne sont pas dans la fatigue, mais dans l’allégresse. Cette joie va exploser en éclats comiques et coupants. Le jeu de chaque acteur est très passionné, dans des couleurs franches, qui précipitent la drôlerie sans écraser les nuances. Avec Anne Mauberret-Thunin, explosive Lisette, Charloote Baglan, subtile Silvia, Raphaël Poli, qui n’hésite pas à dessiner un Arlequin dur dans sa balourdise, Sébastien Nivault, Dorante enchanté et dominé par l’autre sexe, Jean Le Scouarnec, élégant père manipulateur, la comédie va vite. Tout y est urgent dans cette forte mise en scène, de telle sorte que la fantaisie n’est jamais songeuse mais cruelle pour tous ces affamés d’amour. En un temps où le théâtre s’alanguit, cette accélération respectueuse fait du bien.

Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, mise en scène de Rika Vandelet, scénographie de Valérie Jung, costumes de Sylvie Lombart, lumières de Jean-Michel Bourn, avec Charlotte Baglan, Anne Mauberret-Thunin, Sébastien Nivault, Raphaël Poli, Jean Le Scouarnec, Nathanaël Maïni. Théâtre Douze, tél. : 01 44 75 60 31, jusqu’au 18 octobre (1 h 20).

crédits photo : Jean Henry

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