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Critiques / Théâtre

Le Garçon du dernier rang de Juan Mayorga

par Gilles Costaz

Un grand vertige

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On salue moins Jorge Lavelli maintenant qu’il ne dirige plus le théâtre de la Colline. Sans grands moyens, avec sa petite compagnie appelée drôlement le Méchant Théâtre, il n’en fait pas moins des spectacles étonnants, toujours en porte-à-faux avec le conformisme régnant. Actuellement, il se passionne par l’écrivain espagnol Juan Mayorga, dont il avait monté l’an dernier Himelweg. Cette fois, Le Garçon du dernier rang ne porte pas sur la mécanique de l’idéologie nazie mais sur la manipulation de l’imaginaire. La pièce est très insolite et malaisée à résumer. Intéressé par la rédaction d’un de ses jeunes élèves, un professeur lui demande d’aller plus loin. Or cette rédaction est partie de l’observation de la famille d’un camarade de classe. Le jeune homme se transforme en espion de son meilleur ami et de ses parents, qui s’occupent de basket et veulent acheter un athlète chinois. Sans cesse, le professeur oriente le garçon dans une nouvelle forme d’écriture, lui reproche ses clichés, comme il se moque des tableaux que sa femme cherche à vendre dans une galerie d’art moderne. Mais le garçon conte-t-il la vérité, ou invente-t-il. Lui-même se mêle à la vie de ses modèles, et tout devient intenable. Il lui faudra rompre le cercle infernal.
On pense aux films de Resnais d’une certaine époque, tant la construction et la fascination exercée sont de nature cérébrale. Mais, pour qui aime ces jeux de l’esprit qui entrent par des portes secrètes dans la société d’aujourd’hui, c’est passionnant. Dans un espace quasi nu, Lavelli a remarquablement dessiné les courbes de ce vertige qui fait se dérouler sur plusieurs plans des actions simultanées. Il a su en dégager l’humour, car on rit beaucoup des contradictions des personnages et aux dépens de l’art contemporain. Pierre-Alain Chapuis est fort savoureux en professeur bonhomme et dictatorial. Christophe Kourotchkine, Nathalie Lacroix, Sylvain Levitte , Isabelle Karajan et Pierric Plathier savent être concrets et abstraits. Somptueusement intelligent.

Le Garçon du dernier rang de Juan Mayorga, texte français de Dominique Poulange et Jorge Lavelli, mise en scène de Jorge Lavelli, collaboration artistique de Dominique Poulange, scénographie de Pace, costumes de Fabienne Varousikos, lumières de Jorge Lavelli et Gérard Morin, son de Jean-Marie Bourdat, avec Pierre-Alain Chapuis, Christophe Kourotchkine, Nathalie Lacroix, Sylvain Levitte , Isabelle Karajan et Pierric Plathier. Théâtre de la Tempête, cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 12 avril (1 h 50). Texte aux éditions des Solitaires intempestifs.

© Antonia Bozzi

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