Le Dialogue des Carmélites

Dans les lumières du Sacrifice

Le Dialogue des Carmélites

C’est la troisième œuvre du répertoire de l’Opéra National de Paris qui, depuis le début de la direction de Gérard Mortier, passe des fastes intimistes du Palais Garnier au gigantisme froid de Bastille. Le chef d’œuvre de Francis Poulenc en sort indemne.

La pièce de Georges Bernanos, écrite en 1947 autour du martyr des Carmélites de Compiègne qui furent guillotinées sous la Révolution Française, est peut-être plus connue du grand public que l’opéra qu’en tira Francis Poulenc dix ans plus tard. Pourtant, par la foi de sa musique, Poulenc lui donna une dimension spirituelle que les mots seuls ne peuvent jamais atteindre. Une musique qui coule comme un ruisseau sur un lit de galets polis et où le texte, dans l’héritage direct de Debussy, est conservé intact. Et magnifié. La production signée en 1999 à Garnier par Francesca Zambello fait partie de l’une des belles réussites de l’ère Gall. L’Américaine avait parfaitement assimilé la rigueur et la ferveur d’une partition et d’un texte dictés par l’espérance. Avec ses pans de murs arrondis pivotant sur eux-mêmes, ses espaces dépouillés figurant en épure les différents lieux de l’histoire, de la bibliothèque du marquis de la Force au parloir du Carmel, de la chapelle du couvent à la Conciergerie et jusqu’à l’échafaud, le décor de Hildegard Bechtler suggère chaque étape de cette passion involontaire, sans le moindre recours aux bimbeloteries saint sulpicienne. Mais cette économie, cette retenue d’effets se résumerait sans doute à un défilé d’espaces vides sans la magie des lumières de Jean Kalman, à la fois architecte des formes et éclaireur des émotions. Ces qualités se retrouvent sans peine sur le vaste plateau de Bastille, même si les moments d’intimité, notamment entre Blanche et Constance, s’en trouvent un brin dilués. La soprano Dawn Upshaw semble décidément abonnée aux incarnations de la chrétienté : après l’Ange de Saint François d’Assise qu’elle accompagne depuis une douzaine d’années, après la Marie de El Nino, l’opéra de Noël de John Adams, elle devient ici Blanche de la Force, la novice qui doute d’elle-même et du sévère couvent des Carmélites. Un rôle qui lui va comme une ombre, voix claire, presque fragile et présence éthérée. En Constance courageuse et délurée, Patricia Petitbon confirme ses dons et sa fraîcheur. La grande Anja Silja joue plus de son charisme que de sa voix que le temps a fini par user un tantinet, tandis que Felicity Palmer, de même génération, déjà présente en 1999, reste une exemplaire madame de Croissy et que la hollandaise nouvelle venue Eva Maria Westbrook révèle en madame Lidoine un sacré tempérament et un timbre superbe. Impeccable prestation des hommes, Alain Vernhes, Yann Beuron, Michel Sénéchal, dans ce monde de femmes. Kent Nagano fut l’assistant de Seiji Ozawa, créateur de cette production. Il est aujourd’hui l’un des chefs les plus demandés de la planète. A l’entendre planer sur la douceur et empoigner la violence qui sont le suc de cette musique, on le comprend.

Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc, d’après Georges Bernanos, chœur et orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Kent Nagano, mise en scène Francesca Zambello, décors Hildegard Bechler, lumières Jean Kalman, avec Dawn Upshaw, Anja Silja, Patricia Petitbon, Felicity Palmer, Eva Maria Westbrook, Alain Vernhes, Yann Beuron, Miche Sénéchal. Opéra Bastille les 13, 17, 24, 27 novembre à 19h30, le 21 à 14h30. Tél. : 08 92 89 90 90

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Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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