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Critiques / Opéra & Classique

Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi

par Caroline Alexander

Sur le chemin des écoliers

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C’est un événement au double sens géographique et artistique : l’un des plus beaux opéras du répertoire lyrique est créé aux portes nord de Paris, en banlieue ouvrière et il tournera durant trois mois de cité en cité, de banlieues en provinces. Le Couronnement de Poppée, dernier opus lyrique de Claudio Monteverdi, désigné comme l’inventeur de l’opéra, vient de s’offrir une nouvelle production à Saint Denis au Théâtre Gérard Philipe, lieu pionnier, avec le théâtre de la commune d’Aubervilliers, de la décentralisation hors les murs de la capitale.

Un enjeu de taille auquel s’est associé l’Arcal (atelier de recherche et de création pour l’art lyrique) ainsi que Les Paladins, ensemble d’instrumentistes spécialisés du répertoire baroque. L’équipe du CDN (Centre Dramatique National) de Saint Denis et leur directeur-metteur en scène Christophe Rauck ont mis la touche finale au projet qui, dès la première représentation a rencontré un formidable engouement auprès d’un public peu familier de ce type de spectacle.

Beaucoup d’atouts sont en effet réunis pour la réussite de ce lancement d’un nouveau type : un orchestre de neuf musiciens sur instruments anciens (violons, violes de gambe, violoncelle, violone, harpe, clavecin, orgue positif, chitarrone et guitare baroque) reconstitué à l’identique de ce qui se pratiquait à l’époque de la création (1642), une distribution qui, sans pouvoir rivaliser avec celle des stars du genre, se défend par sa jeunesse et son engagement, une première mise en scène lyrique de Christophe Rauck qui prend le parti de l’humour décalé en parfaite osmose avec l’œuvre, sans pour autant lui mettre la tête à l’envers comme l’ont fait certains de ses prédécesseurs rompus à l’exercice, David McVicar ou David Alden (voir webthea des 27 octobre 2004 et 3 février 2005).

Le charme iconoclaste du cinéma d’antan et des bandes dessinées d’aujourd’hui

Les toiles peintes où se chevauchent les nuages, une gondole et son rideau d’or qui glissent sur l’avant scène, une baignoire à sabots qui devient siège ou cercueil, toutes sortes d’accessoires mobiles et des projections vidéo : les décors manifestement ont été conçus pour pouvoir voyager et se poser sans encombres sur d’autres scènes. Costumes pimentés d’anachronismes malicieux - casques d’or des militaires, masques de carnaval, robes du soir années 50, robe ballon rouge à pois blancs hissée sur une Vespa qui ressuscite les « Vacances romaines » de William Wyler – l’ensemble a le charme iconoclaste du cinéma d’antan et des bandes dessinées d’aujourd’hui. Et va comme un gant à l’ultime chef d’œuvre de Monteverdi qui puisa dans l’Histoire vraie cette fiction joyeusement amorale sur l’irrésistible marche vers le pouvoir. Ou comment la patricienne Poppée, maîtresse d’un Néron fou amoureux, se sert de ses charmes pour éliminer tout et tout le monde qui risque d’obstruer son accession au trône. Testament ironique sur la marche de l’Histoire que Monteverdi n’eut pas le temps d’achever et que son disciple Cavalli termina en beauté.

A l’entracte un collégien d’une douzaine d’années conquis par cette musique jusqu’alors inconnue de lui, s’émerveillait de la constance dans le temps des assoiffés de pouvoir qui sont prêts à tout pour atteindre leur but « ben, c’est toujours comme ça » murmure-t-il avec un sourire en coin...

La fine direction d’acteurs de Christophe Rauck

Jérôme Corréas dirige ses « Paladins », l’orchestre qu’il fonda en 1997 pour servir un répertoire oublié, avec le doigté du claveciniste amoureux de sa musique. Tout coule de source, sans emballement, les continuos raffinés, les interventions pointues de la guitare, les soupirs du petit orgue positif, la palette des couleurs des cordes… Un raffinement mis au service des chanteurs auxquels Christophe Rauck apporte une fine direction d’acteurs : la Poppée de Valérie Gabail a belle allure et beau chant, la Drusilla de Dorothée Lorthiois lui fait écho comme un double (même robe, même silhouette), l’élégance racée du Sénèque de la basse Vincent Pavesi, le double rôle d’Arnalta et de la nourrice mis en drôlerie et émotion par le ténor Jean-François Lombard. On chipotera sur des détails et quelques choix : l’ample timbre de soprano lyrique de Maryseult Wieczorek a parfois du mal à s’imposer dans le rôle travesti de Néron – une mezzo aurait rendu le personnage plus crédible. En Othon, l’amoureux abusé, le contre ténor Paulin Bündgen affiche un medium velouté mais dérape dans les aigus, le timbre acide de Françoise Masset et son jeu de vilaine méchante ôte à Octavie, la répudiée, sa dimension tragique. Ces réserves n’enlèvent rien à la cohérence de l’ensemble qui devrait au cours de son périple faire le bonheur des novices comme des familiers.

Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi, livret de Giovanni Francesco Busenello. Ensemble les Paladins direction Jérôme Corréas, mise en scène Christophe Rauck, scénographie Aurélie Thomas, costumes Marion Legrand & Coralie Sanvoisin. Avec Valérie Gabail, Maryseult Wieczorek, Françoise Masset, Dorothée Lorthiois, Hadhoum Tunc, Jean-François Lombard, Vincent Pavesi, Paulin Bündgen, Romain Champion, Charlotte Plasse, Mathieu Chapuis, Virgile Ancely. Production Arcal, coproduite par TGP-CDN de Saint Denis, les Paladins & Arcadi.

Saint Denis, Théâtre Gérard Philippe, les 8, 9, 12, 13, 15, 16, 19 & 20 janvier à 19h30, les 10 et 17 à 16h.

+33(0)1 48 13 70 00 – reservation theatregerardphilipe.com – www.theatregerardphilipe.com

En tournée :

23 janvier : Velizy, l’Onde

30, 31 janvier Reims, Grand Théâtre

2 février Besançon, Théâtre Musical

5,6 février Nanterre, Maison de la Musique

12 février Beynes, la Barbacane

18 février Le Vésinet, Théâtre

27 février Angoulême, Théâtre

9 mars Martigues, Théâtre des Salins

13 mars Guyancourt, Ferme de Bel Ebat

9 avril Villejuif, Théâtre Romain Rolland

copyright : Anne Nordman

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