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Critiques / Opéra & Classique

Le Couronnement de Poppée

par Caroline Alexander

Erotisme et politique dans les étoiles

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La belle et ambitieuse patricienne Poppea qui, avec ses charmes, s’acheta un trône et un empire, palpite et sévit au cœur du dernier ouvrage lyrique de Claudio Monteverdi. Le chant du cygne de celui qui fut l’inventeur de l’opéra. Un personnage troublant qui fut, cette saison, le point d’ancrage d’inspirations aussi différentes que possible. Après sa transposition hard et trash par David McVicar au Théâtre des Champs Elysées en octobre 2004*, et, en attendant la révélation des partis pris du metteur en scène américain David Alden au Palais Garnier, l’Opéra National de Lyon vient d’en offrir une vision aérienne qui colle au plus près à la musique précieuse de Monteverdi et à la poésie du livret de Busenello.

Intrigues sur fond de sexe et de sang

C’est l’histoire d’un amour fou qui flambe dans les étoiles, au milieu de ces "stelle" si souvent invoqués où les hommes et les dieux se côtoient entre ciel et terre. C’est une fiction dont les héros ont vraiment existé et qui raconte des événements inscrits dans les livres d’histoire : la passion de Néron pour une Poppée assoiffée de pouvoir, la répudiation d’Octavie, le suicide de Sénèque ordonné par l’empereur. Tacite les évoque dans ses Annales. Les arrières-plans historiques et politiques du chef d’œuvre de Monteverdi ont, depuis la résurrection du répertoire baroque, fait caracoler l’imagination des metteurs en scène. Souvent tentés de colorer de soufre le nœud d’intrigues sur fond de sexe et de sang qui mène au sacre d’une courtisane au sourire enjôleur et aux dents longues. Chez Monteverdi et Busenello pourtant c’est l’amour en personne qui mène la danse, l’amour qui triomphe de la vertu et de la fortune, l’amour qui sauve et qui transcende...

Bernard Sobel, fidèle à ses visions de poète exigeant

C’est ce point de vue, au plus près de la quintessence de l’œuvre qui a guidé le metteur en scène Bernard Sobel, l’homme de théâtre engagé, le fondateur du théâtre de Gennevilliers, le camarade de route de Bertolt Brecht avec lequel il travailla à Berlin. Il est, cite le Larousse "l’une des consciences morales du théâtre de ce temps". A ce titre, il n’est pas l’homme à triturer la lettre et l’esprit d’une œuvre pour se l’approprier. Sobel sert le théâtre et, pour sa première incursion dans le monde lyrique, il reste fidèle à lui-même, à ses visions de poète exigeant, toujours secondé par celles de ses peintres favoris qui imaginent ses décors. Ici Lucio Fanti, un Italien de Paris qui a exposé dans les plus grands musées et travaillé avec les plus grands du monde de la scène.

Une beauté à damner tous les dieux de l’Olympe

Grâce à eux deux, Monteverdi et sa Poppea planent en apesanteur dans les étoiles : un décor mobile fait de panneaux bleus constellés de planètes, s’imbriquant les uns dans les autres, s’ouvrant des perspectives célestes et les couleurs des humeurs. Des lieux intemporels où vagabondent les rêves. L’attribution des rôles obéit à la même logique de fidélité : Néron n’est plus, comme souvent, ce débauché interprété par une mezzo soprano, mais un beau gosse tyrannique que chante avec conviction et cynisme le ténor italien Mirko Guadagnini et la voluptueuse Poppea de l’australienne Danielle De Niese, voix claire et beauté à damner tous les dieux de l’Olympe, incarne à merveille la femme fatale qui fait tomber les têtes et leur couronne. Toute la distribution issue à la fois du Nouveau Studio de l’Opéra de Lyon et du Jardin des Voix, l’académie des Arts Florissants, respire la jeunesse. Avec ses points de force comme la jeune basse Joâo Fernandes (Senèque ambigu), le contre ténor Tim Mead (Othon éperdu), le ténor Marc Molonot (irrésistible Arnalta), et ses faiblesses comme la mezzo Mariana Rewerski, Octavie au timbre métallique mal maîtrisé. Dans la fosse William Christie surveille de près ses ouailles et dirige presque en retrait, mais avec une grâce absolue, la quinzaine de musiciens de son orchestre retenus pour donner vie à cet étrange et somptueux imbroglio d’érotisme et de politique.

* voir Webthea du 27 octobre 2004

Le Couronnement de Poppée, de Monteverdi, orchestre des Arts Florissants, direction William Christie, mise en scène Bernard Sobel, décors Lucio Fanti, costumes Anna Maria Heinrich, lumières Aj Weissbard, avec Danielle De Niese, Mirko Guadagnini, Tim Mead, Mariana Rewerski, Joâo Fernandes, Judith Van Wanroij, Marc Molomot, Ana Quitans. Opéra National de Lyon, les 27 & 28 janvier à 19h30, le 30 à 16h. Tél. : 04 72 00 45 45.

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