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Critiques / Théâtre

Le Commencemant du bonheur d’après Giacomo Leopardi

par Gilles Costaz

Les miracles de la nuit

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Ce Commencement du bonheur est un spectacle d’adieu, bien qu’on puisse l’ignorer et le goûter sans connaître son arrière-plan. Jacques Nichet, l’un de nos grands hommes de théâtre, créateur du fameux théâtre de l’Aquarium, né Normal’Sup dans les années 60, directeur du Théâtre national de Toulouse, a voulu saluer ses spectateurs et même sa propre carrière par un ultime signe – qui n’est sans doute pas la dernière réalisation de sa vie, mais quelque chose qui clôt une très longue boucle dans le théâtre public. Il voulait aussi apparaître sur scène, lui qui n’a presque pas joué. Donc faire de simili-débuts d’acteur au moment où il doit quitter le TNT atteint par l’âge de la retraite. C’est ce qu’il a fait en composant une soirée à partir des Operette memorali de Leopardi (grand poète italien du début du XIXe siècle), courts dialogues ironiques, fables brèves qui sont peu portés à la scène.
Nichet résume lui-même ainsi certains de ces contes : « Leopardi écrit les livrets d’un petit théâtre philosophique, sur lequel se déploient le Monde et le Temps. Sur son castelet apparaissent des figures enfantines : un elfe et un gnome commentent la disparition du genre humain. Des momies se mettent à chanter, à dire le plaisir de mourir. Malembrun, autre Faust, supplie le diable de lui donner un instant de bonheur. Le Soleil, fatigué de tourner comme un baudet autour de la terre, décide d’arrêter et de mettre en branle la paresseuse qui se prélasse en se croyant l’impératrice de l’univers. Et voici Copernic pour envisager une révolution décisive… »
L’atmosphère est nocturne et lunaire. Comme égaré, Jacques Nichet, en habit romantique, traverse le plateau et joue scène après scène en compagnie de deux excellents partenaires (Sabrina Kouroughli, Quentin Baillot), tous les événements naissant magiquement de l’obscurité. Une cohorte de jeunes filles apparaît parfois et reviendra pour le final, chacune portant une bougie. Où est-on ? L’on ne sait. Mais l’on se doute que l’on est dans une dimension fantastique où la douceur s’allie avec la pensée et une drôlerie de haut niveau. Ce moment est dans sa simplicité mystérieuse miraculeux.

Le Commencement du bonheur d’après Giacomo Leopardi, texte français de Michel Orcel, mise en scène de Jacques Nichet, décor de Philippe Marioge, costumes de Nathalie Trouvé, création musicale de Hervé Suhubiette, avec Quentin Baillot, Sabrina Kouroughli, Jacques Nichet, MC 93 Bobigny, tél. : 01 41 60 72 72, jusqu’au 16 avril. Lire : « Je veux jouer toujours » de Jacques Nichet, éditons Milan.

crédits : Marc Ginot

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