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Critiques / Théâtre

Le Cid

par Caroline Alexander

Sublime dictionnaire de citations

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- Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années

- Ma plus douce espérance est de perdre l’espoir

- Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie

- Rodrigue as-tu du cœur ?

- Va, cours, vole et me venge

- Percé jusques au fond du cœur d’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle

- A moi, comte, deux mots

- Cette obscure clarté qui tombe des étoiles

- Qu’on est digne d’envie quand avec la force on perd aussi la vie...

- Va, je ne te hais point

- O miracle d’amour, ô comble de misère

- Rodrigue qui l’eût cru ?

- Chimène qui l’eût dit ?

- Et le combat cessa faute de combattant...

Phrases sublimes... Au fil du temps, de 1637, date de sa première version, à nos jours, le chef d’œuvre mythique du grand Corneille est sorti de son costume de tragédie ou de tragi-comédie pour devenir un merveilleux dictionnaire de citations. Des vers d’une beauté à couper le souffle, de la musique en douze pieds d’alexandrins, des pensées qui flottent dans la tête et qui ont pris forme dans les mots de ce texte à nul autre semblable.
Si l’on court aujourd’hui comme hier voir ou revoir Le Cid c’est avant tout pour l’entendre. Entendre sonner ses vers, s’en imbiber et les faire découvrir aux jeunes auxquels on ne les apprend plus guère. Qu’importe l’héroïque épopée de ce « Sauveur » calqué sur la saga contée par l’espagnol Guillen de Castro dans ses Enfances du Cid. Qu’importe le casse-tête du « choix cornélien », lui aussi entré dans les formules de tous les jours. Le vrai héros du Cid est la langue française et quand la Comédie Française le remet à l’affiche après une longue absence, on se précipite.

Une Chimène aussi incendiée qu’incendiaire

Le plaisir attendu est presque au rendez-vous. L’ambiance s’y prête sans fausse note, un décor sobre et noble, des panneaux mobiles, des rideaux escamotables, des tons cuivrés, des lumières d’or et des costumes, d’une élégance discrète qui ne cherchent aucune transposition actualisée. Mais l’oreille reste souvent frustrée, certains comédiens ayant comme désappris à envoyer la musique si spécifique de la poésie cornélienne. Des fins de phrases s’étouffent ici ou là ou bien des vers entiers sont murmurés a minima et deviennent carrément inaudibles. Le parti pris de Brigitte Jaques-Wajeman, metteur en scène qui connaît pourtant Corneille sur le bout des alexandrins (elle a monté avec brio, entre autres, La Place Royale, l’Illusion Comique) s’est manifestement orienté vers le drame romantique, substituant à la rigueur classique les débordements du cœur et des sens. Qui existent bel et bien dans l’œuvre : l’amour qui soude Rodrigue à Chimène et Chimène à l’assassin de son père est fondu de passion charnelle, c’est vrai, mais elle est de Corneille et non pas de Victor Hugo. Les halètements et les crises d’Audrey Bonnet, Chimène aussi incendiée qu’incendiaire, sont parfois tellement fiévreux qu’on a envie d’appeler le SAMU...

Une magie qui fonctionne au-delà des aléas

Et le Cid ? Il y a eu le légendaire Gérard Philippe au TNP, et au Français plus récemment, François Beaulieu et Francis Huster, des acteurs de lumière. Alexandre Pavloff s’apparente plutôt aux hommes de l’ombre. Le dos arrondi et l’œil rasant le sol, il fait difficilement croire au glorieux vainqueur des Maures, au héros au cœur ouvert comme un soleil de midi. Il est un amoureux qui couve ses sentiments sous la braise. Pourtant, miracle d’amour justement, malgré son manque de rayonnement, la célèbre scène de l’acte III où il explose dans les bras d’une Audrey Bonnet en ébullition constitue la plus belle réussite de la soirée
Ainsi la magie de Corneille fonctionne au-delà des aléas. Jean-Baptiste Malartre y figure un Roi de Castille bonhomme, Roger Mollien un Don Diègue encore vigoureux et la musique spécialement composée par Marc-Olivier Dupin habille les scènes de cordes mélancoliques qui vont bien à leur teint.

Le Cid, de Pierre Corneille, mise en scène Brigitte Jaques-Wajeman, avec François Regnault, décors et costumes Emmanuel Peduzzi, lumières Jean Kalman, musique originale Marc-Olivier Dupin, avec Audrey Bonnet, Alexandre Pavloff, Jean-Baptiste Malartre, Roger Mollien, Christian Blanc, Léonie Simaga, Catherine Salviat, Claude Mathieu, Loïc Corbery. Comédie Française, en alternance jusqu’en avril, puis en juin et juillet 2006. 0 825 10 16 80.

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