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Critiques / Théâtre

Le Bourgeois Gentilhomme

par Caroline Alexander

Chez Louis XIV, comme si on y était

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Une curiosité. Un travail d’orfèvre. Le Bourgeois Gentilhomme de Molière et Lully tel qu’il aurait été représenté en 1670 à Chambord, pour le plaisir du Roi Soleil parti à la chasse dans ses terres de Loire. Parfaite reconstitution en paroles, musiques et danses et lumières à la bougie...

La visite à la cour de Versailles d’un envoyé du grand Turc qu’on avait pris pour ce qu’il n’était pas et honoré des mille fastes dus à un ambassadeur alors qu’il n’était qu’un ordinaire émissaire-facteur avait fait circuler bon nombre de plaisanteries. Louis XIV, loin de s’en offenser préféra en rire et demanda à Molière d’un tirer un réjouissant « ballet turc » dont la bouffonnerie écraserait le ridicule. Ainsi naquit ce Monsieur Jourdain magnifique qui fait de la prose sans le savoir et des billets galants réussis du premier coup... Ah ! l’inoubliable belle marquise dont les beaux yeux font mourir d’amour... Lully, musicien du Roi, ornementa la farce d’interventions musicales et de chants et s’attribua le rôle du grand Mufti tandis que Molière en personne jouait le rôle du brave niais qui rêve de grandeur.

Instruments d’époque, techniques vocales, gestuelle codée

Le Poème Harmonique, ensemble de musiciens qui s’est donné pour vocation la résurrection des musiques du XVIIème siècle telles qu’elles étaient interprétées en leur temps, est né il y a neuf ans de la volonté d’un fou de musique baroque, Vincent Dumestre, né en mai 68, belle date à retenir. Instruments d’époque, techniques vocales et de dictions, gestuelle codée, décors costumes, lumières : chaque détail est minutieusement analysé, étudié, reconstitué. Un parler rude qui, sur fond « d’assent » méridional, fait siffler les « s » des pluriels et rouler les « r » des infinitifs. Danses légères qui tiennent à la fois du rituel et du cirque, chants qui surfent sur les aigus et les trilles, voix de fausset pour des rôles distribués aux sexes inversés...

Eclairage à la bougie

Il y a quelque chose de magique dans le parti pris radical d’éclairage à la bougie. Au Théâtre des Champs Elysées, détail amusant, on pouvait voir se refléter la rampe vacillante dans le verre de la coupole Art Déco du plafond. Les couleurs et les contrastes obtenus sur les panneaux lambrissés du décor restituent les cuivres ambrés et les ombres du clair-obscur cher aux peintres du Siècle d’Or. Quelque chose de magique mais aussi d’un peu lassant pour les yeux d’aujourd’hui, habitués aux jeux de lumières sans cesse en mouvement diffusés par la fée électricité et son corollaire électronique. Un peu d’ennui s’installe au cours des quatre heures que dure le spectacle qui reconstitue à merveille les conditions de la représentation côté scène mais pas du tout celles de sa réception dans la salle. En ces temps-là, les spectateurs ne restaient pas vissés à leurs fauteuils, ils se levaient, allaient, venaient, partaient boire un coup puis revenaient reprendre le fil de l’histoire comme de nos jours devant un feuilleton télé...

Une suite de petits ballets

On sait depuis toujours que c’est dans le premier acte que se condense toute la drôlerie de la comédie avec ses inénarrables leçons de musique, de danse, d’escrime et de philosophie. La suite tombe au pas de charge dans la grosse farce assaisonnée de Mufti et Mamamouchi. Ainsi, quand au-delà de la réconciliation générale du happy end moliéresque, la soirée s’allonge par une suite de petits ballets, à l’espagnole, à l’italienne, à la campagnarde, le plaisir s’épuise et l’ennui pointe son nez. Une heure de moins n’enlèverait rien aux délices de cette restauration « à l’identique » savamment mise en scène par Benjamin Lazar avec son Jourdain ahuri interprété en naïf dépassé par les événements par le formidable Olivier Martin Salan.

Le Bourgeois Gentilhomme, comédie ballet de Molière et Lully par le Poème Harmonique et les musiciens de Musica Florea sous la direction de Vincent Dumestre, mise en scène de Benjamin Lazar, chorégraphies de Cécile Roussat avec les comédiens Olivier Martin Salvan, Nicolas Vial, Louise Moaty, Benjamin Lazar, Anne-Guersande Ledoux, Lorenzo Charoy, Alexandra Rübner, Jean-Denis Monory, Julien Lubek ; les chanteurs Arnaud Marzorati, Anne Magouët, François-Nicolas Geslot, Serge Goubioud, Lisandro Nesis, Emmanuel Vistorsky, Arnaud Richard ; les danseurs Caroline Ducrest, Julien Lubek, Cécile Roussat, Flora Sans, Gudrun Skamletz, Akiko Veaux. Théâtre des Champs Elysées à Paris, les 3, 4 & 6 mars ; au Cadran d’Evreux, les 9, 10 & 11 mars 2006.

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