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Critiques / Théâtre

Le Baladin du monde occidental

par Caroline Alexander

Le bonheur d’un théâtre mis en état de poésie

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Denrée rare à ne pas manquer : voici enfin du théâtre qui ne doit rien au cinéma ni à la télé, qui s’exprime dans une langue écrite pour le théâtre et pour rien d’autre, montée et jouée selon les codes de cet art-là exclusivement : Le Baladin du monde occidental -The Playboy of the Western world, de l’Irlandais John Millington Synge, fait partie des chefs d’œuvre de la littérature universelle et c’est ainsi qu’on peut le voir sur le plateau de la salle Gémier du Théâtre National de Chaillot.
Synge et l’Irlande, des vents salés, des herbes mouillées, des roches en bourrasques et des vapeurs de bière brune dans des pubs enfumés. Pour faire vibrer ces paysages et le peuple qui le hante, Synge a inventé un parler à la fois rocailleux et onirique. Il nous entraîne dans le monde des contes et des fables dont son Playboy-Baladin, prince des menteurs et don-juan de basse-cour est devenu l’archétype.

Plus les détails croustillent, plus les filles vacillent

Scandaleux, immoral, irrésistible ! Imaginez le scandale en 1907 à Dublin, la bigote : voici un homme nommé Christy qui échoue dans un village dont il devient le coq adulé pour avoir raconté sa plus belle prouesse : l’assassinat de son père d’un grand coup de bêche... Tuer son père, le rêve d’Œdipe !... Au secours, oncle Sigmund, Synge y a pensé sans toi ! Christy croit dur comme fer qu’il a achevé son vieux, en rajoute un peu à chaque veillée, le crâne fendu s’ouvre bientôt jusqu’à la taille, puis tranche le bonhomme carrément en deux, et plus les détails croustillent plus les filles vacillent... Mais voilà l’ancêtre qui ressurgit, le cuir chevelu à peine endommagé de quelques croûtes de sang séché... Comment s’en débarrasser ? Le vieux est coriace, le jeune perd son audace... Père et fils se réconcilient pour parcourir les bourgs et les hameaux et raconter leur aventure...

Un baroudeur du verbe

Pas une once de réalisme dans le décor de Gérard Didier, une cabane de bois blanc tient lieu de buvette, de cuisine, de chambre, des espaces en pente rapide au sol qui tantôt accélèrent, tantôt ralentissent les sorties, un taureau dessiné debout sur un pan de mur préfigure celui, en stuc et carton pâte, qui ramènera à la raison le fils prodigue à l’imagination abracadabrante. Manuel Mazaudier est ce baroudeur du verbe, homme-enfant dansant sa joie, bien plus feu follet insaisissable que séducteur au long cours. Il a le charme requis, au sens du philtre, pour embobiner les belles, la veuve Quin à laquelle Dominique Reymond prête sa grâce féline, la dynamique Pegeen qui prend la vie à bras le corps avec l’énergie solaire que lui donne Agathe Dronne. Dans la traduction précise et imagée de François Regnault, Marc Paquien, metteur en scène rare qui jamais ne cherche à épater, les a mis en en état de poésie. Un bonheur.

Le Baladin du monde occidental, de John Millington Synge, traduction François Regnault, mise en scène Marc Paquien, décor Gérard Didier, costumes Claire Risterucci, avec Manuel Mazaudier, Dominique Reymond, Agathe Dronne, Philippe Duclos, Daisy Amias, Jean-Jacques Moreau... Théâtre National de Chaillot, salle Gémier, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h. jusqu’au 4 février.
Spectacle accessible au public sourd et aveugle.
01 53 65 30 00 - www.theatre-chaillot.fr .

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