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Critiques / Théâtre

Le Baiser enchanté d’après Goldoni

par Gilles Costaz

La bouffonnerie à l’état pur

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Ce serait une erreur de croire que la Comédie italienne d’Attilio Maggiulli fait de la « commedia dell’arte ». C’est le contraire, puisque la fameuse école italienne repose sur l’improvisation. Chez Maggiulli, on n’improvise pas, en restant dans la lignée de deux grands maîtres, Goldoni lui-même (l’auteur phare du lieu, dont l’œuvre a inspiré quatre-vingt-dix pour cent des spectacles de cette salle qui s’honore d’être le « seul théâtre italien en France ») et Giorgio Strehler. On retrouve l’esprit de la « commedia » mais en tournant le dos à l’approximation du spectacle impromptu. Ce serait une autre erreur de croire qu’ici, le style est muséal, rigidement figé dans le respect du passé. C’est la liberté d’antan, sa folie, son irrespect, la moquerie à l’italienne que revendique Maggiulli. Une allusion à l’actualité ou à la politique peut surgir dans ces spectacles où les acteurs s’interrompent pour parler de leur rôle ou du public, sont à la fois dans l’histoire et en dehors, rient de ce qu’ils racontent et n’en jouent pas moins une comédie endiablée. Le climat est à la farce mais la vivacité cache tout ce qu’il y a de recherché, d’élégant, de savant dans la confection et l’emploi des masques, la richesse des décors peints qui élargissent incroyablement une scène de petite taille, le brûlot du texte et du jeu subtilement dirigés contre l’esprit de sérieux.
Cette fois, Maggiulli s’est inspiré d’un livret d’opéra, qui s’appelait La Calamità des cuori et dont Galuppi puis Salieri firent la musique. Un léger fantastique colore l’histoire : deux amoureux vont se marier avec l’aide d’une fée, mais un méchant mage désire la jeune fille. Il les prend dans un piège dont il sera difficile de sortir ! Artillerie légère avec la divine Hélène Lestrade, qui joue alternativement la fée et la sorcière, artillerie lourde (mais hilarante) avec David Clair qui interprète en travesti la méchante magicienne Macaca, jeu comiquement exalté de Valérie Français, Thomas Asselineau et Jean-Jacques Pivert pour lesquels passer d’un rôle à l’autre ne présente pas de difficultés. Voilà de la bouffonnerie à l’état pur, c’est-à-dire dans toute sa pureté, et l’un des meilleurs spectacles de la Comédie italienne, pourtant prodigue en facéties réussies depuis 1980.

Le Baiser enchanté
d’après un livret de Goldoni, adaptation et mise en scène d’Attilio Maggiulli, costumes de Farani, décors de Stéphane Vuarnet, masque de Thierry Graviou, lumières de Gilles Thomas, avec Hélène Lestrade, David Clair, Valérie Français, Jean-Jacques Pivert, Thomas Asselineau. Comédie italienne, tél. : 01 43 21 22 22.

crédit photographique : Claudine Simon

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