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Critiques / Comédie & Humour

La société des loisirs de François Archambault

par Marie-Laure Atinault

Le Bonheur mais à quel prix ?

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Ils ont la quarantaine avantageuse. Ils se sont choisis. Ils ont la maison qu’ils voulaient, et avec en prime une piscine. La décoration est exactement celle qu’ils désiraient. Dans leur schéma de vie, ils voulaient des enfants et ils ont un bébé. Mais là, franchement, le bébé ne correspond pas du tout à leurs projets. Il envahit leur vie, il pleure, demande des soins. D’ailleurs leur deuxième enfant, ils l’adopteront Oh oui, ce sont des tracas en moins. Chinois, le bébé ? Pourquoi pas ! Ils ont déjà un piano. Marc et Marie forment un couple parfait. Ils travaillent tous les deux, ils ont des postes importants et stressants. Il faut bien assurer leur train de vie qui correspond tellement à ce qui doit être vécu. Tout dans leur vie doit rentrer dans un modèle de vie, dans un schéma un peu glacé comme les couvertures des magazines où ils ont trouvé les idées de déco, les tests psychologiques, la mode. Marie et Marc savent ce qui est bien. Ce couple ne s’embarrasse pas d’un ami qui devient gênant, même si c’était leur meilleur ami. Qu’à cela ne tienne, une bonne petite soirée d’adieu et hop l’affaire est faite. Après tout ce n’est pas leur faute. Dans leur maison modèle, où l’ennui rode à chaque coin, sont-ils vraiment à l’abri ? Mais voilà on ne peut pas tout planifier, et si cette soirée allait changer les choses. Radicalement.

Philippe Caroit, qui interprète Marc, est le maître d’œuvre de ce spectacle. La pièce de François Archambault l’a séduit par son ton vif, qui mêle l’humour noir et ses confessions mondaines dans un décor immaculé. De plus, les personnages sont des morceaux choisis, un vrai bonheur pour un comédien.

En adaptant la pièce de l’auteur québécois, Philippe Caroit a su gommer les expressions québécoises (parfois au sens incompréhensible) pour mettre des expressions parisiennes sans que jamais le pas soit pris sur le sens profond de la pièce. Marie vient nous expliquer son point de vue pour leur second enfant. La sincérité avec laquelle cette jeune mère nous parle de l’adoption désarçonne complètement le spectateur. L’attitude du couple face à leur ex-meilleur ami, avec qui ils ne peuvent plus continuer à avoir des relations, au risque de se décrédibiliser, et le dialogue entre les époux et l’ami destitué est un petit chef d’œuvre relevant de l’absurde.

François Archambault n’aime pas les circonvolutions, il va droit au but. Sa langue est incisive, aigüe comme la lame d’un scalpel. Le texte est parfois cru, et correspond bien et à l‘époque et aux personnages qui ne s’embarrassent de rien, ni de personne pour atteindre leur idéal. Et tant pis si il faut marcher sur quelqu’un ou quelqu’une. L’important ce n’est pas de participer mais de gagner !

Cristiana Reali joue une Marie dont les confidences nous font dresser les cheveux sur la tête, mais elle sait avec de beaucoup de finesse nous emmener là où elle veut, et donne à son personnage une fragilité inattendue. Elle forme un couple de magazine avec Philippe Caroit, qui n’aime rien tant que de faire oublier son charme. Avec quelle délectation il joue Marc un homme finalement perdu en lui même. Stéphane Guillon aime le plateau et il le lui rend bien, il est l’ami devenu indésirable. Est-ce un rôle de composition ?? Ses détracteurs se régalent mais ses adulateurs aussi. Il est épatant en Antoine, l’ami célibataire et fêtard. D’ailleurs, il est plus en phase avec le monde que ses amis bien sous tout rapport. Sa jeune amie jouée par Lison Pennec, regarde les trois amis avec un regard avisé. La pièce choque certain, étonne les autres, mais elle fait rire tout le monde. Un rire qui n’est pas bon enfant, un rire noir, un peu nerveux. La pièce fait parler. Stéphane Hillel est un grand directeur d’acteur. Il a orchestré tout cela avec maestria. Sa mise en scène n’est jamais pesante, car pour monter ce texte, il fallait un dosage parfait. Dans notre XXIe siècle nous avons le monde à portée de main, un choix incroyable de divertissement mais la plus grande aventure reste toujours celle de l’humain.

La société des loisirs de François Archambault, adaptation Philippe Caroit, mise en scène Stéphane Hillel. Avec, Cristiana Reali, Philippe Caroit, Stéphane Guillon, Lison Pennec
Petit théâtre de Paris Tél : 01 42 80 01 81
www.theatredeparis.com

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