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La mystérieuse personnalité de Nijinski

par Yves Bourgade

Une source d’inspiration de deux spectacles

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A la fois « véritable génie de la danse » et « comète au destin tragique », Vaslav Nijinski (1889-1950) a fasciné de son vivant et continue toujours à être une source d’inspiration pour les artistes de la scène. Pour preuves : les deux spectacles que Paris affiche cet hiver 2016-2017.
C’est d’abord Les Cahiers de Nijinski, un spectacle pour un comédien et un danseur au Théâtre National de Chaillot, du 3 au 24 novembre 2016 et ensuite Letter to a man pour un comédien, dans le cadre de l’accueil du Théâtre de la Ville par l’Espace Pierre Cardin, du 15 décembre 2016 au 21 janvier 2017.
Nijinski est naturellement au centre de ces réalisations très différentes mais dont les points de départ sont la lecture par leurs auteurs des quatre « Cahiers », rédigés pendant l’hiver 1918 dans la fièvre, par le danseur-chorégraphe russe qui ensuite sombra dans la folie. Sa carrière publique d’artiste de la danse avait duré de 1898 à 1919, mais cela avait suffi pour en faire une légende et sans doute le plus grand danseur masculin du XXème siècle.
Nijinski ne fut pas qu’un interprète à la grâce inégalée et dont le ballon et l’élévation surtout étaient exceptionnels, en dépit d’une petite taille et d’un physique ingrat pour un danseur. Il fut aussi un créateur profondément original, déconcertant pour son temps, mais d’une rare puissance expressive qui eut quelque difficulté à s’imposer, ce qui l’affecta.
En outre la rédaction de ces « Cahiers » date du moment où Nijinski se rendait compte que son corps ne répondait plus comme avant. Il avait en outre rompu avec son protecteur Diaghilev et s’était marié. Souvenirs, sentiments sur sa vie et son art, sur la religion et ses relations sociales, se bousculent alors dans son esprit jusqu’à provoquer une schizophrénie. Une folie dans laquelle il restera enfermé jusqu’à la fin de ses jours.

Brigitte Lefèvre, venue de la danse et Daniel San Pedro, du théâtre, ont collaboré pour la mise en scène et la scénographie des Cahiers Nijinski, spectacle au croisement de la danse et du théâtre, pour lequel le texte français et l’adaptation sont signés par Christian Dumais-Lvowski. Ce dernier, auteur de films documentaires et d’essais sur la danse, est également chargé de mission de la succession de Vaslav et Romola Nijinki.
Le danseur Jean-Christophe Guerri, ancien danseur du Ballet de l’Opéra de Paris, et le comédien Clément Hervieu-Léger, pensionnaire de la Comédie-Française, sont les interprètes des Cahiers Nijinski, tant par leurs corps que par leurs voix. Ils évoluent sur un plateau pentu et volontairement inconfortable, témoignage de la difficulté de vivre et de la fragilité de Nijinski, conscient au moment de la rédaction de son journal d’être à la frontière alors entre deux mondes. Cette double incarnation permet au spectateur de mieux saisir les facettes du danseur à ce moment de sa vie entre, poésie et folie, entre conscience et inconscience.
Letter to a man est né de l’intérêt que porte le magicien américain de la scène Robert Wilson aux « Cahiers » de Nijinski auxquels il a intéressé l’étoile de la danse Mikhaïl Baryshnikov. « Je suis l’une des voix de Nijinski, pas Nijinski lui-même », explique le danseur russe, aujourd’hui âgé de 68 ans. « C’est une sorte de théâtre physique, ce n’est pas un ballet (…) On peut parler de « tour de force » avec quelques mouvements de danse » poursuit-il. Avec ses jeux de lumières bleu nuit habituels et une vraie complicité avec Baryshnikov, Robert Wilson montre la voix intérieure de Nijinski, ses joies et ses peines, à la lisière d’une psychose latente.
Le texte parlé de ce spectacle (en russe et en anglais surtitré en français) est aussi de Christian Dumais-Lvowsky qui a puisé dans les « Cahiers ». La chorégraphe américaine Lucinda Childs, qui aime donner à voir et à entendre la danse, a retrouvé Robert Wilson pour les mouvements et le texte parlé.

"Les Cahiers de Nijinski » Chaillot (Salle Béjart) : 10, 17, 24 novembre 2016 : 19h45 - 11, 15, 16, 18, 19, 22, 23 novembre 2016 : 20h45 - durée 1h15 - places 35 €.

« Letter to a man » Espace Pierre Cardin, du 15 décembre 2016 au 21 janvier 2017, généralement à 20H30 ; places de 18 à 36€.

Photos : Letter to a man ©Lucie Jansch, Cahiers Nijinski ©François Rousseau

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