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Critiques / Théâtre

La haine des femmes de Mounya Boudiaf d’après le livre de Nadia Kaci, Laissées pour mortes édition Max Milo

par Marie-Laure Atinault

Le courage des femmes contre l’obscurantisme et la bêtise meurtrière

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Hassi Messaoud est une grande cité pétrolière du Sahara. Beaucoup de femmes sont venues y travailler. Leur seul objectif est de gagner de l’argent pour leur famille. La nuit du 13 juillet 2001, plusieurs centaines d’hommes, après le prêche assassin et haineux de l’Imam de la mosquée locale, s’attaquent sauvagement à une centaine de femmes. Violées, humiliées, poignardées, brûlées, les victimes reconnaissent dans leur agresseurs, les hommes simples qu’elles croissaient la veille sans peur. Le voisin placide, le gentil épicier, le bon père de famille se sont mués en justicier stupide, en bourreau aveugle et sourd à leurs cris. Le témoignage de Rahmouna Salah et Fatiha Maamoura, courageuses victimes, qui refusent de se taire, est un coup de poing.
Sur scène un homme, Christophe Carassou et une femme Mounya Boudiaf. Des mannequins comme ceux que l’on voit dans les vitrines, une malle en métal ajourée. Rahmouna sera la porte parole de toutes les femmes martyrisées lors de cette nuit de cauchemar. L’adaptation théâtrale, judicieuse et pertinente, relate les trois procès, c’est Rahmouna qui va nous raconter sa vie. Son enfance heureuse, son premier mariage, ses enfants et comment elle partit à Hassi Messaoud. Le récit picaresque a des allures de conte, et puis on tombe dans l’horreur.
Les lumières et le décor sonore d’Hugues Espalieu nous plongent dans une Algérie fourmillante de bruits, colorée. Les deux comédiens interpréteront indistinctement à leur sexe tous les rôles de cette tragédie, de ce scandale que le pouvoir a tenté d’étouffer. Mais les hommes ne savent pas que les gémissements des femmes ne peuvent s’éteindre. Les mannequins sont démantibuler, et la salle retient son souffle. La mise en scène est d’une retenue, d’une pudeur qui n’agresse pas le spectateur, mais l’accompagne dans le récit. La haine des femmes interroge, révolte et on peut se poser la question fondamentale, le printemps arabe est-il le grand hiver des libertés des femmes ?
Mounya Boudiaf, magnifique comédienne et maître d’œuvre de ce spectacle, ne se contente pas de relater ce scandale, mais pose un regard sur l’Algérie contemporaine. Elle offre une réflexion sur les idées reçues que les français peuvent avoir sur les femmes arabes. Elle porte, magnifie Rahmouna, avec beaucoup de tendresse, d’intelligence sur cette femme courageuse. Son interprétation touche au cœur et à l’âme, ne jouant jamais le jeu d’une émotion racoleuse. Avec Christophe Carassou, formidable partenaire, Mounya Boudiaf a fait l’événement du troisième opus du Festival Prémices.

La haine des femmes fut l’un des temps fort du Festival Prémices An 3 au théâtre du Nord en 2014.

Et si la femme est l’avenir de l’homme, elle se nomme Mounya Boudiaf.

La haine des femmes 
Conception, adaptation et mise en scène Mounya Boudiaf d’après le livre de Nadia Kaci, Laissées pour mortes édition Max Milo
Avec Mounya Boudiaf et Christophe Carassou
Le spectacle est présenté dans le cadre de Focus Femmes et Violences à la Maison des Métallos
Du 6 au 18 janvier 2015 à la Maison des Métallos à Paris
94, rue Jean-Pierre Timbaud Paris 75011 Tél : 01 48 05 88 27
info maisondesmetallos.org

Crédit photo : Simon Gosselin

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