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Critiques / Festival

La Tragédie du roi Richard II de William Shakespeare

par Bruno Bouvet

Le roi nu

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Insondable fragilité du théâtre… De la première représentation de Richard II dans la Cour d’honneur du Palais des papes, le mardi 20 juillet, était parvenu un écho extrêmement mitigé, assorti de huées dont on avait du mal à mesurer l’exacte ampleur. Pour son premier rôle shakespearien, Denis Podalydès, nous assurait-on, avait trébuché sur l’obstacle tandis que le metteur en scène Jean-Baptiste Sartre ne s’était pas montré à la hauteur du lieu mythique… Impitoyable examen de passage que cette Cour d’honneur qui semble exacerber les passions et fausser les jugements en exerçant sur les comédiens une pression démesurée dont on comprend aisément qu’elle puisse les déstabiliser et les empêcher de déployer tout leur talent. A se demander s’il ne faudrait pas inviter les commentateurs à la deuxième représentation d’un spectacle… Manifestement galvanisée par la violence de certaines réactions, la troupe des 14 comédiens de Richard II s’est offert, le lendemain, une superbe revanche en révélant toute les dimensions de la tragédie, soixante-trois ans après qu’elle eut été présentée par Jean Vilar et consorts pour le premier spectacle de la « Semaine d’art en Avignon », qui n’était pas encore devenue le Festival. A l’époque, 670 spectateurs prenaient place sur de frêles chaises de jardin, réquisitionnées par Jean Vilar dans les jardins publics de la cité des Papes. Aujourd’hui, ils sont 2000, installés dans les gradins qui plongent sur le plateau, aussi majestueux que terrifiant. Pour ses débuts dans la Cour d’honneur, Jean-Baptiste Sartre a privilégié la sobriété, laissant la plus belle part aux comédiens. Une immense poutre barre la scène. Les murs de pierre changent de teinte sous l’effet de projections, orchestrées par le plasticien Sarkis. Des cris de corbeaux déchirent le ciel dans une atmosphère crépusculaire. Quand il s’avance sur la scène, Richard II, successeur d’Edouard III, est encore roi. Autrefois tyrannique, il se veut désormais homme de concorde. Quitte à être injuste avec Bullingbrook, aristocrate loyal qui sera spolié de ses droits et trouvera sa vengeance en le déposant. Bouleversant de bout en bout, Denis Podalydès campe à la perfection ce souverain pathétique, frêle lutin devenu roi nu. Il s’est consumé à l’exercice du pouvoir, dont il a usé avec jouissance et violence, il est déchu de son trône par des rivaux qui ne craignent pas la fureur et le sang. Au premier rang de ses ennemis, Bullingbrook, incarné par le remarquable Vincent Dissez qui signe une performance d’autant plus époustouflante qu’il a repris le rôle moins de trois semaines après la première. Toute la distribution (au sein de laquelle l’académicienne Florence Delay effectue un retour touchant à ses premières amours théâtrales) se révèle à l’unisson, jusqu’au « débutant » Frédéric Boyer. L’écrivain se montre aussi à l’aise sur scène qu’il l’a été pour livrer une magnifique traduction, dont les accents contemporains font entendre l’universalité du destin de Richard II. Ce roi dont le spectacle de Jean-Baptiste Sastre laissera un souvenir infiniment marquant.

La tragédie du roi Richard II de William Shakespeare. Mise en scène : Jean-Baptiste Sastre. Traduction : Frédéric Boyer. Avec Axel Bogousslavsky (Aumerle), Frédéric Boyer (Scroope, le Palefrenier),Cécile Braud (Grenne), Jean-Charles Clichet (Northumberland), Jérôme Derre (York), Florence Delay de l’Académie française (Carlisle, évêque), Vincent Dissez (Bullingbrook), Bénédicte Guilbert (Thomas Mowbray, duc de Norfolk), Yvain Juillard (Bushy, le jardinier), Denis Podalydès de la Comédie Française (Richard II), Anne-Catherine Regniers (la duchesse de Gloucester), Nathalie Richard (La reine), Bruno Sermonne (John de Gaunt, Saliisbury) Scénographie : Sarkis ; Collaboration artistique : Ellen Hammer ; Assistanat à la mise en scène : Stefano Laguni ; Lumière : André Diot ; Son : André Serre ; Mise en scène sonore : Ircam/ Markus Noisternig ; Conseillers scientifiques Ircam : Olivier Warusfel, Joseph Sanson ; Costumes : Domenika Kaesdorf ; Vidéo : Benoît Simon.
Cour d’honneur du Palais des Papes, jusqu’au 27 juillet, à 22 h (relâche le 24 juillet). Durée : 2h40. La traduction de Frédéric Boyer est disponible aux Editions P.O.L. Le spectacle est retransmis en direct sur France 2 le 23 juillet. Tournée en France de janvier à mai 2011. Du 6 au 16 janvier aux Gémeaux à Sceaux (92), du 20 au 22 janvier à Valenciennes (59) ; du 25 au 29 janvier au Théâtre du Gymnase à Marseille (13) ; les 3 et 4 février à Douai (59), les 10 et 11 février à Chalon-sur-Saône (71) ; les 15 et 16 février à Annecy (74) ; du 22 au 26 février à Liège (Belgique) ; du 1er au 5 mars à Saint-Quentin en Yvelines (78) ; les 15 et 16 mars à Amiens (80) ; du 22 au 25 mars à Clermont-Ferrand (63) ; les 30 et 31 mars à Lorient (56) ; les 7 et 8 avril à Nîmes (30)

crédits photo : Christophe Raynaud de Lage.

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