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Critiques / Théâtre

La Nuit des rois de Shakespeare

par Gilles Costaz

Les rêveurs et les bouffons

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Nicolas Briançon décale La Nuit des rois, en plaçant l’action dans un XXe siècle de fantaisie (tuniques militaires bleu marine, robes à fleurs) et une Écosse avec kilts préférée à l’lllyrie imaginaire de Shakespeare. Mais il prend la rigoureuse et inventive traduction de Jean-Michel Désprats dont il tire tout le suc. Cette pièce, c’est l’absolu frissonnement de l’amour dans un imbroglio d’identités et de sexes. Car on y prend une jeune fille pour son frère avec un risque permanent de dérapage sensuel ! Le spectacle de Briançon – qui fut, en juin, l’événement central du festival d’Anjou – s’amuse constamment de ces folies qui font de la pièce l’une des plus grandes comédies du rêve amoureux. Commencé sur un tempo un peu sévère, il gagne de plus en plus de fantaisie. Du coup, l’ambiguïté sexuelle, qui est au centre de l’action, devient un gag, un jeu, une source de quiproquos comiques, plus qu’une étrangeté semant le trouble. Cela contraint Sara Giraudeau à une interprétation quelque peu linéaire de Viola-Césario. Elle manque de force et de profondeur, mais non de charme, face à des partenaires qui sont, le plus souvent, des comédiens de haut vol. Chloé Lambert, en reine Olivia, a le rayonnement des très grandes actrices : toute l’émotion de la pièce cumule dans son interprétation. Henri Courseaux compose un Malvolio irrésistible. Yves Pignot en grand clown, Arié Elmaleh qui traverse les scènes avec une séduisante légèreté, Jean-Paul Bordes, d’une rare drôlerie, Émilie Cazenave, avec ses faux airs de Sabine Azéma, ne laissent jamais le feu retomber. Yannis Baraban et Pierre-Alain Leleu ont belle allure. Grâce au réglage parfait des allées et venues de cette meute d’élégants et de balourds, de rêveurs et de bouffons, la féerie danse de belle manière avec le burlesque.

La Nuit des rois de Shakespeare, traduction de Jean-Michel Désprats, mise en scène de Nicolas Briançon, décors de Pierre-Yves Leprince, costumes de Michel Dussarat, lumières de Gaëlle de Malglaive, musique de Jean-Claude Camors, chorégraphie de Karine Orts, avec Sara Giraudeau Chloé Lambert, Arié Elmaleh, Henri Courseaux, Pierre-Alain Leleu, Yves Pignot, Yannis Baraban, Jean-Paul bordes, François Siener, Emilie Cazenave, Thibaut Lacour. Théâtre Comédia, tél. : 01 42 38 22 22. Durée : 2 h 45 avec entracte.

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