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Critiques / Théâtre

La Méchante Vie

par Caroline Alexander

Du danger de trop se répéter

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Deux mégères se régalent à débiter des horreurs : il y a la Bergeret (Jérôme Deschamps), avec ses deux mômes mal foutus qu’elle martyrise avec délectation, et la Desjardins (Jean-Claude Bolle-Reddat), toute béate d’avoir pu assister à l’exécution à la guillotine de son mari devant un parterre en extase. Ces deux « monstresses », nées de l’imagination, la morgue, la plume et les dessins d’Henri Monnier, redoutable satiriste de la petite bourgeoisie du XIX ème siècle parisien, ont inspiré le dernier spectacle du clan Deschamps-Makeieff. Un spectacle trempé au vitriol qui pousse davantage à l’ahurissement qu’au rire et dans lequel on retrouve tous les ingrédients de la tribu Deschiens.

Jérôme Deschamps et Macha Makeieff ont inventé un monde : petites gens, petites misères, train-train d’absurdités de tout poil (même de chiens, alias Deschiens) cour des miracles et cour des grands pour laissés pour compte, avec ballets de faux pas, petits pas, pieds dans l’eau, lapins-chasseurs... Des objets qui volent, des portes qui grincent, des bruits de vaisselle et de ferrailles qui s’écroulent et l’accordéon qui pleure des valses tristes... Costumes façon Tati ou fripiers des puces, décors minimalistes de meubles et d’objets en plastique, en bouts recollés, avec des étourdis, des ahuris, du vague à l’âme et un vrai style à force d’être pas beaux...

La Méchante Vie, malgré l’apport d’extraits de textes empruntés à Monnier (et revisités loufoques), ressemble à une copie faxée de tous les spectacles précédents. Seule différence (de taille) : Jérôme Deschamps, habituellement derrière la scène, remonte sur les planches pour endosser la coiffe de fausses dentelles, la grosse jupe et le tablier de la Bergeret, tandis que son compère Jean-Claude Bolle-Redat se fond dans les impayables minauderies de la Desjardins, les deux copines de ragots et cancans méchants. Elles se gloussent des abominations, se tortillent et se tirebouchonnent. Témoin placide de leurs dérapages : Turc, brave chien empaillé qui écoute et approuve sans broncher. Un gamin taquine des tas de machins qui font de la zizique, une gamine yodle d’improbables tyroliennes...

On les connaît on les a vus et revus, dans les mêmes décors ou presque, au son des mêmes rengaines égrenées à l’accordéon...On peut être conquis, content de se retrouver en famille, ou agacé de goûter toujours aux mêmes plats... Le tout est de savoir si le théâtre se prête aux séries avec personnages récurrents comme les bandes dessinées ou les feuilletons de télévision.

La Méchante Vie de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff d’après Henri Monnier, avec Jean-Claude Bolle-Redat, Jérôme Deschamps, Catherine Gavrilovic, Philippe Leygnac et Philippe Rouèche à l’accordéon.
Théâtre National de Chaillot, du mardi au samedi à 20h30, dimanches à 15h (sauf le 24 décembre).
Jusqu’au 30 décembre - 01 53 65 30 00

http://www.theatre-chaillot.fr

© Marc Enguerand

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