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Critiques / Théâtre

La Confession d’une jeune fille de Marcel Proust

par Gilles Costaz

Un cœur déchiré

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Sara Forestier, l’interprète très « banlieue » du film d’Abdellatif Kechiche L’Esquive, l’actrice énigmatique de la pièce de Florian Zeller L’Autre, dans Marcel Proust ! La rencontre est surprenante, sauf pour qui en avait vu les prémisses au cours du festival Mises en capsules. Le texte n’est pas choisi dans la Recherche mais dans les nouvelles de Les Plaisirs et les Jours : La Confession d’une jeune fille où la narratrice, après une tentative de suicide, remémore l’expérience de l’amour qui l’a menée à vouloir disparaître de la terre. Œuvre étrange et magnifique où tout est masques et mises à nu, où la relation charnelle est assimilée au péché mais surtout à un sentiment de trahison vis-à-vis de la mère, à une frustration très douloureuse du côté de l’amour maternel. C’est Patrick Mille qui a eu l’idée de confier ce récit à la comédienne ; il fait, à cette occasion, sa première mise en scène, tout à fait aboutie.
En chemise noire, en jeans, les cheveux libres, Sarah Forestier joue dans un espace nu. Il n’y a qu’une chaise. A la différence de tout acteur qui a joué Proust (comme l’excellent Serge Maggiani dans une adaptation de quelques chapitres de La Recherche par Charles Tordjman), l’actrice ne se situe pas exactement dans le respect de l’objet littéraire, ne cherche pas à occuper la fragile frontière entre l’écrit et le dit. Elle interprète, de façon intériorisée, mais elle ose. Elle ne se fige pas devant une écriture sacrée. Bien au contraire. Elle a des éclats, des exclamations. Elle danse sur un air des Rolling Stones. Elle se voile le visage en dévoilant ses seins. Elle varie sans cesse son jeu. Elle est surtout tourmentée. Elle se débat, se consume devant nous, autant racinienne que proustienne, aussi moderne qu’antique. Brûlante, brûlée, superbe.

La Confession d’une jeune fille de Marcel Proust, mise en scène de Patrick Mille, avec Sara Forestier, lumières de Gertrude Baillot, Ciné 13 Théâtre, tél. : 01 42 54 15 12, jusqu’au 31 décembre 2008 (1 heure).

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