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Critiques / Théâtre

La Compagnie des spectres d’après Lydie Salvayre

par Gilles Costaz

Sabre au clair

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Cette transposition du roman de Lydie Salvayre, La Compagnie des spectres, fut l’un des succès du « off » d’Avignon il y a deux ans. Et une nouvelle manifestation de l’imagination percutante du théâtre du Maquis, compagnie d’Aix-en-Provence. C’est le monologue, le délire, le récit effrayé d’une femme, Rose Mélie, qui vit avec des fantômes. Il y a bien sa fille avec elle, mais le spectacle ne fait que la suggérer. La pauvre femme qui occupe seule la scène part à l’attaque, sabre au clair contre le personnage tout aussi invisible qui vient d’entrer : un huissier qui entend faire tranquillement l’inventaire et le prélèvement de ses biens. Mais Rose le prend pour un envoyé de Darnand et du maréchal Pétain. Car, il y a cinquante-quatre ans, en 1943, de jeunes miliciens ont torturé et tué le frère de Rose. Elle ne s’en est jamais remise. Elle est en guerre, éternellement, contre ces bourreaux et collaborateurs de tous poils.
Florence Hautier, dans la flamboyance d’une robe rouge à pois noirs, est Rose avec l’énergie d’une actrice qui sait faire flamber les mots. Elle n’a comme partenaires qu’une table et qu’une chaise, mais ce sont les moyens nobles d’un théâtre pauvre qui donne à l’interprétation toute sa puissance. Et la folie circule et explose dans ce débordement de l’esprit et du corps. Qu’on ne croit pas cela triste ou morbide ! Florence Hautier et le metteur en scène Pierre Béziers ont choisi le parti du rire féroce et salutaire, dans la fidélité à Lydie Salvayre qui fait dire « maréchal Putain » chaque fois qu’il est question de la vieille baderne qui négocia avec les nazis. Ils réussissent un moment de pure allégresse fondé sur l’horreur de l’Histoire ; c’est le paradoxe de cette belle soirée où la folie déraisonne avec une confondante justesse.

La Compagnie des spectres d’après Lydie Salvayre, adaptation de Florence Hautier, mise en scène de Pierre Béziers, musique de Martin Béziers, costume de Christian Burle, avec Florence Hautier. Lucernaire, 19 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 20 juin (1 h 15).

crédit photographique : Leïla Garfield

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