Accueil > La Cenerentola

Critiques / Opéra & Classique

La Cenerentola

par Charles Rosenbaum

La bonté triomphante

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

On s’était habitué aux adaptations et mises en scène « mafiosi » d’Irina Brook, dans les différentes représentations de La Cenerentola de Gioacchino Rossini au Théâtre des Champs Elysées. On avait entendu et beaucoup aimé les Angelina successives. Vivica Genaux, la belle mezzo soprano colorature venue d’Alaska, nous avait charmés. Tout comme Elena Garanca qui lui avait succédé et qui nous avait conquis. Et bien avant elles, Tereza Berganza, Cecilia Bartoli pour ne citer qu’elles, avaient ravi les oreilles rossiniennes les plus délicates. Il faudra désormais, et on peut s’en réjouir, compter avec une nouvelle Cenerentola et plus généralement, un mezzo soprano colorature de haute volée. Karine Deshayes a obtenu un triomphe largement mérité dans l’œuvre de Rossini dans le magnifique théâtre Graslin de Nantes. Il est à souligner que la jeune diva, découverte aux Voix d’Or 2001 et aux Voix Nouvelles 2002, a bénéficié ici d’une mise en scène en prise directe avec le conte de Charles Perrault. L’Opéra de Lausanne, coproducteur du spectacle et qui collabore étroitement avec Angers-Nantes, y a mis tout le paquet, dans une réalisation « foldingue » au milieu de cigognes, de chameaux, de poupées. Autant de décors de brocante, de folie décalée dus au metteur en scène, le Suisse Stephan Grögler. Un talent que l’on a pu déjà apprécié à Lyon, à Marseille, à Caen, à Montpellier, ainsi que sur toutes les scènes suisses, mais aussi à Dublin, à Santa Fé.

Anachronisme intelligent

Il fallait bien quelqu’un de son envergure pour développer un tel anachronisme intelligent. Pour une fois, on voit sans être choqué, se mêler des courtisans à perruques poudrées, style Louis XV et des photographes de presse, style Hollywood 1950. A cette réalisation originale, la production de Lausanne se devait d’apporter un casting à la hauteur ! Karine Deshayes, si elle doit chercher quelques menues améliorations à ses jeux de scène, réussit à harmoniser ses coloratura au timbre mélodieux de sa voix. Son médium est lumineux, tout comme ses graves, et ses approches dans l’aigu tout à fait remarquables pour un mezzo. On suivra avec plaisir l’évolution de sa carrière. On connaissait les qualités vocales de Franck Leguerinel. Son interprétation de Dandini est irrésistible. Baryton de grande classe, on le verrait aisément jouer les comiques au théâtre. Si Mark Milhofer a commencé timidement dans le rôle du prince Don Ramiro, il a laissé pleinement apprécier par la suite ses qualités de ténor rossinien. On a pu écouter avec plaisir et voir évoluer les deux « frangines » méchantes d’Angelina, deux Françaises, la soprano Gaëlle Mechaly et le mezzo Claire Larcher, aussi aptes à bien danser et qu’à chanter.
Sébastien Rouland qui fut l’assistant de Marc Minkowski, dirige avec bonheur une phalange musicale très homogène.

La Cenerentola, melodramma giocoso en deux actes de Giocchino Rossini sur un livret de Jacopo Ferreti, d’après le conte de Charles Perrault. Production de l’Opéra de Lausanne créé à Lausanne le 9 septembre 2001. Orchestre National des Pays de la Loire, direction musicale Sébastien Rouland, chœur d’Angers Nantes Opéra, direction Xavier Ribes. Mise en scène et décors : Stephan Grögler, costumes : Véronique Seymat. Avec Karine Deshayes, Michele Govi, Mark Milhofer, Franck Leguérinel, Marcos Fink, Gaëlle Méchaly, Claire Larcher.
Au Théâtre Graslin à Nantes : jeudi 9, vendredi 10 juin 2005 à 20 heures, dimanche 12 juin à 14h30. Au Grand Théâtre d’Angers : vendredi 17, mercredi 22 juin à 20 heures, dimanche 19 juin à 14 h30. Réservations : A Nantes : 02 40 69 77 18, du mardi au samedi de 12h à 18h30 ; à Angers : 02 41 24 16 40, du mardi au samedi de 12h à 19h.

Photo : Vincent Jacques

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.