La Célestine de Fernando Rojas

Scènes d’amour, de sexe et de mort à Tolède

La Célestine de Fernando Rojas

La Célestine est la pièce sulfureuse du fameux "âge d’or" espagnol, dont l’auteur, Fernando de Rojas, allait être dépassé par Calderon et Lope de Vega du point de vue du génie mais pas du côté de l’audace paillarde. Car Rojas fait preuve, en 1499, d’une crudité qu’on ne reverra guère au théâtre avant le XXe siècle ! Cette Célestine est une maquerelle de haute volée qui rend bien des services à la population mâle de Tolède. Elle a ses hétaïres et elle arrange diverses liaisons grâce à ses maléfices et à son entregent. Justement le jeune Calixte est tombé amoureux de l’intouchable Mélibée que son père garde jalousement à l’aide d’une troupe armée. Calixte vient trouver la Célestine qui, contre une bourse bien pleine, veut bien se charger de la difficile mission et s’en va frapper à la porte de la jeune femme. Et l’entremetteuse saura envoûter Mélibée et la rendre amoureuse de son soupirant. Tout finira mal quand même : on ne se compromet pas sans risques avec une maquerelle et on ne défie pas impunément les interdits.
Henri Lazarini a resserré la pièce originale qui est démesurée. Son adaptation est bonne. Il a conçu la mise en scène, avec Frédérique Lazarini, comme un exercice de passion abrupte et charnelle dans des costumes chamarrés et un décor abstrait. Car, à part un praticable mi-terrasse mi-lit sur lequel s’imprime une lumière à la couleur changeante (et trop fluo à notre goût), le plateau est vide, c’est-à-dire plein de la vie d’acteurs nombreux dont les déplacements permettent d’imaginer toute une déambulation à travers la ville et les demeures invisibles de Tolède. Une partie de la distribution est encore un peu inexpérimentée, elle joue de toute sa jeunesse comme Tristan Lhomel dans le rôle de Calixte. Mais la Mélibée de Myriam Bella rejoint la fragilité bouleversante des meilleures Juliette. Céline Caussimon, Luis Rego, Didier Lesour et Rona Hartner surtout savent donner de l’intensité à des rôles secondaires.
Et la Célestine, dont la dernière grande interprète fut Jeanne Moreau dans une mise en scène d’Antoine Vitez des années 80 ? C’est Biyouna, grande figure du cinéma algérien. Attifée comme une reine de la rue et des antichambres, elle confère à son personnage une force, une truculence et des intonations venues de l’autre côté de la Méditerranée, n’hésitant pas à injecter quelques jurons en arabe. C’est du feu, cette femme-là ! Elle enflamme un spectacle qui, dessiné à grands traits, lancé au galop, retrouve l’esprit originel de Rojas, ce sens de la tragédie toujours traversé d’un rire diabolique.

La Célestine de Fernando de Rojas, adaptation de Henri Lazarini, mise en scène de Frédérique et Henri Lazarini, avec Biyouna, Luis Rego, Rona Hartner, Myriam Bella, Céline Caussimon, Eloïse Labro, Gaspard Legendre, Didier Lesour, Tristan Lhomel, scénographie et lumières de Xavier Lazarini, sons d’Isabelle Surel, costumes de Patricia Leroy Lacassagne.Vingtième Théâtre, Paris. Tél. : 01 43 66 01 13. Jusqu’au 1er mars. (1 h 50).

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter depuis un quart...

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