Accueil > LES NEVEUX DU CAPITAINE GRANT de Manuel Fernandez Caballero

Critiques / Opéra & Classique

LES NEVEUX DU CAPITAINE GRANT de Manuel Fernandez Caballero

par Caroline Alexander

Jules Verne joyeusement cuisiné à l’espagnole

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

En espagnol le terme zarzuela désigne un panaché de poissons accommodés de pommes de terre, de légumes et d’épices diverses. Une sorte de bouillabaisse sans bouillon en quelque sorte, un pot pourri de gourmandises marines cuisinées pour faire chanter et danser. A la manière de la zarzuela musicale dont cuisiniers et gastronomes d’Andalousie ont tiré le nom. Le genre est à l’Espagne ce que l’opérette est à la France ou plus exactement l’opéra comique avec ses dialogues parlés comme au théâtre.

Une grande différence cependant : alors qu’en France, la musique est composée d’un seul tenant, en Espagne elle naît de collages divers, chansons populaires, danses et rimes de toutes sortes formant un écheveau d’airs légers et de rythmes trépidants. Comme en cuisine la recette est restée une spécialité locale qui n’a que très rarement franchi les frontières. L’été dernier, le Châtelet à Paris en présentait un avant goût métissé de viennoiseries avec La Generala d’Amadeo Vives (voir webthea du 2 juin 2008).

A Nancy, l’Opéra National de Lorraine vient d’en créer une vraie de vraie, quintessence de loufoqueries musicales et narratives tirées du roman de Jules Verne Les Enfants du Capitaine Grant rebaptisés par Miguel Ramos, le librettiste du compositeur Manuel Fernandez Caballero « neveux » du même capitaine. Ce n’est pas l’unique détour qu’ils font faire à l’original, les deux compères mitonnent à leur fantaisie leurs aventures qui, entre autres accommodements démarrent de Madrid plutôt que de Glasgow. Les personnages ne sont plus tout à fait les mêmes, ils ont muté leurs identités et se sont mis à l’heure du carnaval, mais leur tour du monde reste tout aussi « romanbolesque », de la Patagonie à la Cordillère des Andes, des gauchos de la pampa argentine aux Maoris de la Nouvelle Zélande en passant l’Australie, le tout ébranlé par des tremblements de terre et quelques naufrages.

Truculence et outrecuidance loufoque mènent les danses

« Une œuvre impossible à monter » déclare Carlos Wagner son metteur en scène qui a pourtant réussi à mater l’hydre aux innombrables lieux. Un décor unique sert de tremplin aux pérégrinations des chasseurs de prime, un immense livre ouvert sur les pages duquel une cour d’immeuble aligne ses maisons de guingois, avec côté jardin, une laverie automatique encastrée sous un balcon. Des jeux de lumières astucieux suffisent à transformer les ambiances et à faire croire aux variations géographiques. Le stratagème a son revers : l’aire de jeu en est rétrécie et transforme l’espace des scènes de foule du chœur en boîte à sardines.

Truculence et même outrecuidance loufoque mènent les danses. Les jeux de mots fusent à faire pâlir d’envie l’almanach Vermot, bêtes et gens surgissent déguisés en cow-boys australiens, en condor voleur, en cannibales, en militaires d’opérette, en kangourous sauteurs, singes grimpeurs et même en scaphandriers voltigeurs. De la concierge façon travelo au capitaine Grant en personne José Luis Barreto, baryton basse à l’humour de cabaretier, endosse les défroques d’une demi douzaine de personnages avec un aplomb déconcertant, Victor Torres enfile celle du meneur d’expédition Mochila dit Sacado (…sac à mains et sac à puces), Blandine Folio-Peres donne à Soledad, la grâce de sa silhouette et la fraîcheur de son timbre de mezzo, Nicolas Rigas lui fait la cour coiffé à la Riquet à la Houppe, Jean Segani et Georgia Ellis-Filice campent le couple cocasse, père/fille d’Ecossais en goguette tandis que le comédien Emiliano Suarez en fait des tonnes en docteur Mirabel, passager involontaire embarqué par erreur, puis grand manitou manipulateur de farces et attrapes.

Il n’est pas sûr que tous ces débordements servent au mieux l’œuvre qu’ils sont sensés défendre mais ils ont le mérite d’une bonne humeur contagieuse.

Fanfares, valses, rythmes de flamenco, séguedille, fandango ou de habanera et quelques très jolis duos romantiques alimentent et pimentent le collage musical de Manuel Fernandez Caballero (1835-1906) compositeur prolifique d’une ribambelle de zarzuelas et d’autres musiques, adulé en son temps et toujours au programme des théâtres espagnols spécialisés. Tito Munoz entraîne avec bonhomie l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy dans ce joyeux déferlement de cadences.

Les neveux du capitaine Grant de Manuel Fernandez Caballero, livret de Miguel Ramos d’après Les enfants du capitaine Grant de Jules Verne. Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction Tito Munoz, chœur de l’Opéra National de Lorraine direction Merion Powell, mise en scène Carlos Wagner, décors Rifail Ajdarpasic & Ariane Isabell Unfried, costumes Patrick Dutertre, chorégraphie Ana Garcia, lumières Marie Nicolas. Avec Victor Torres, José Luis Barreto, Blandine Folio-Peres, Nicolas Rigas, Emiliano Suarez, Igor Gnidii, Georgia Ellis-Filice, Jean Segani, Pascal Desaux.

Nancy – Opéra National de Lorraine, les 30 janvier, 3, 5, 7 février à 20h, le 1er février à 15h

03 83 85 30 60 – www.opera-national-lorraine.fr

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.