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Critiques / Opéra & Classique

LA FLUTE ENCHANTEE - IMPEMPE YOMLINGO

par Caroline Alexander

L’enchantement universel du mage Mozart

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Des deux Flûtes Enchantées présentées au Châtelet de Paris, la seconde, créée en Afrique du Sud par la troupe Isango Portobello, musiciens noirs des townships, est la plus inattendue et la plus fidèle au cœur de son compositeur. Après la mise en scène traditionnelle produite par l’opéra de Montpellier (voir webthea du 4 Octobre 2009), voici celle qui fit courir tout Londres pendant une saison entière et rafla un Laurence Oliver Award, cette Flûte/Impempe Yomligo, revue mais non corrigée du chef d’œuvre testament de Mozart. Un concentré d’imagination, de joie de vivre et de spiritualité ludique.

Exit les clavecins, les violes, les violons, flûtes et autres vents, ils sont remplacés par une armée de douze « marimbas », ces singuliers instruments de bois et de métal qui ressemblent à des xylophones qui sont d’authentiques instruments de percussions, inspirés d’une lointaine Afrique et popularisés en Amérique Latine. Ces marimbas encadrent à cour et à jardin un plan (très) incliné de pin blond sur lequel les interprètes se meuvent tels des danseurs en équilibre instable.

Mozart revivifié au présent

Ils sont 33 artistes, chiffre mystique, à utiliser ces instruments pour jouer, à mains nues et sans partition, Mozart et quelques rythmes rituels. La direction à la fois précise et déliée de Mandisi Dyantyis, tantôt de face à l’occidentale, tantôt se mêlant aux instrumentistes, ne trahit jamais la musique d’origine même quand, dans un halo de lumière, il substitue à la flûte une trompette dorée qui lance ses leitmotivs magiques avec un petit air jazzy. Les musiciens dans leurs tenues colorées semblent prendre un plaisir quasi physique à cette musique, ils la jouent, la miment, la dansent, sourires aux lèvres, jambes et hanches électrisées. Mozart est bien là, comme sorti d’un musée et revivifié au présent.

Les solistes ne dépareraient pas une distribution traditionnelle de bon niveau. Le Tamino de Sonwaba Ntshata, jeune prince amoureux d’une étoile aperçue sur un portrait est un excellent ténor et un comédien facétieux, Portia Swana a bien la voix d’une Pamina et les rondeurs d’une fille de là-bas, Phumzile Theo Magongoma, baryton tout de souplesse, en treillis et blouson rock campe un Papageno haut en humour et pittoresque. Bongiwe Mapassa soprano lyrique aux allures de Jessye Norman humanise la Reine de la Nuit, lançant ses aigus dans la souffrance plutôt que dans la haine. Les trois garçons, devenus trois esprits dans la version anglaise proposée, sont d’adorables créatures, les prêtres deviennent des « camarades »... Seuls les graves abyssaux de Sarastro manquent à l’élégant Sebastian Zokoza, mais sa présence rayonne comme la vertu qu’il est censé incarner.

Ludique et mystique : une traversée du surnaturel menant au naturel des choses et des êtres sous le signe de la sagesse. La leçon d’humanité et de lumière voulue par Mozart et Schikaneder, auteur du livret, touche au but. Créée dans un township du Cap elle rappelle que l’originale vit le jour dans un petit théâtre populaire des faubourgs de Vienne et qu’elle s’adressait aux plus humbles comme aux initiés.

Impempe Yomlingo – La Flûte enchantée de W. A. Mozart et E. Schikaneder. Version en anglais et langage xhosa, créée au Cap par la troupe Isango Portobello en association avec le Young Vic Theatre de Londres. Adaptation et mise en scène de Mark Dornford-May, livret, musique et direction de Mandisi Dyantyis, lumières Mannie Manim, costumes Leigh Bishop. Avec les musiciens et solistes du Isango Portobello.

Théâtre du Châtelet, les 8, 9, 10, 14, 15, 16 & 17 octobre à 20h, les 11 & 18 octobre à 15h.

+33 (0)1 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

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