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L’Odyssée du Danube - Un bateau pour la paix

par Caroline Alexander

Quand artistes et poètes naviguent pour la paix

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Au centre de Vienne, un couloir relie les deux sorties de la station de métro « Karlsplatz ». Long, large, blanc, presque clinique avec, sur les murs, tous les trois mètres des panneaux d’affichage électronique informant en chiffre de l’état du monde et des particularités de l’Autriche depuis le 1er janvier 2007. Nombre de « bretzels » consommés par les Viennois ou, nombre de morts parfaits de guerre sur la planète : plus de 95000 en 8 mois…

De la guerre à la paix : au même moment au nord de Vienne, sur l’embarcadère du village de Nussdorf, le vaisseau fluvial Theodor Korner hisse un drapeau frappé des mots « Un bateau pour la paix » ; lettres bleues sur banderole blanche dansant autour d’un poisson volant et de trois rameaux d’olivier… La troisième Odyssée initiée par l’IITM (Institut International du Théâtre Méditerranéen) vient de prendre son départ pour saluer en neuf escales 4 nouveaux pays de l’Union Européenne – Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie – et devient « l’Odyssée du Danube » - voir webthea du 15 juin 2007 - . Croisière, croisade pour la paix, avec à son bord poètes et artistes de toute discipline et de multiples nationalités, saltimbanques, si chers à Richard Martin, l’ami de Léo Ferré, le patron du théâtre Toursky de Marseille, l’initiateur de ces folles et fraternelles équipées.

Une tour de Babel où les mots se déclinent en fraternité

L’orchestre international

Un petit vent d’été ébouriffe les cheveux des comédiens, chanteuses, chanteurs, musiciens, poètes, photographes, peintres, dramaturges, journalistes et …une douzaine de vrais touristes rassemblés à bord. Lyrique, Richard Martin prend la parole et dit sa conviction que l’art seul peut combattre la barbarie. L’orchestre international, rassemblé il y a à peine quelques jours à Carnuntum, berceau de l’antenne Autrichienne de l’IITM, entame quelques aubades. L’ambiance est chaude, curieuse et sans méfiance. Dans cette tour de Babel où les mots se déclinent en Croates, en Français, Allemand, Anglais, Espagnol, Albanais, Arabe, Roumain, Hongrois et surtout en fraternité, on fait connaissance comme on peut, baragouinant par-ci, traduisant par-là, mimant au besoin…

Au programme de ces deux semaines d’initiation à la connaissance de l’autre, un marathon de la poésie, poètes d’hier porteurs de rêves, poètes d’aujourd’hui, porteurs d’avenir, des ateliers pour les enfants, des concerts et des spectacles à bord, d’autres dans les villes d’étapes, des colloques, des arts de la rue des feux d’artifice… On reparlera des uns, des autres au fil des journées et des nuits ;

Comme un concert du Nouvel An

Premier dîner à bord : présentation de l’équipage et du personnel, la plupart viennent de Slovaquie, ils sont avenants, souriants, prévenants, un peu interloqués parfois par une faune colorée, remuante dont ils n’on guère l’habitude… Piero Bordin, l’homme du pays, par ailleurs directeur du Festival de Carnuntum a convoqué un petit trio de musiciens pour le concert d’accueil, un violoncelle, un violon, un piano en roue libre sur les grands airs de Strauss et Lehar, valses d’heures exquises, du beau Danube à la marche de Radetzky, comme au concert du Nouvel An… Au passage on apprend par un plaisantin que le Danube n’ayant jamais été de couleur d’azur, certains soupçonnent Johann Strauss de l’avoir ainsi baptisé sous le coup d’une bonne cuite : « Blau » étant en Allemand l’équivalent de noter gris de griserie...

Richard Martin donne le « la » libertaire de l’Odyssée

Richard Martin

Du petit port de Nussdorf à celui de Hainburg, on passe sous sept ponts et une écluse qui nous abaisse en douceur d’une bonne quinzaine de mètres. Les rives de la verte Autriche se gonflent ici et là de mamelons où trônent des châteaux forts trapus. Hainburg, cité dont les origines remontent à l’Antiquité romaine (Marc Aurèle y grava des traces) ville de musique où vécut Haydn enfant continue de dédier à la culture une place de choix avec l’impressionnante métamorphose d’une ancienne usine de cigarettes en « Kulture Fabrik ». Toute de verre et de métal, abritant musée, une bibliothèque et salle de spectacles. Sur le coup des 19h00, Richard Martin donna en personne le feu vert des performances d’artistes. Seul en scène, chemise de soie noire et frisettes grisonnantes en bataille autour du crâne, à pleine voix, il ressuscite la parole de Léo Ferré, l’anarchiste céleste. Il ne dit pas les textes de Ferré, il les vit, il les jette aux étoiles, la révolte à fleur d’âme et le cœur à nu. Présence incandescente comme plus personne n’ose en livrer pour vivre debout ses rêves de liberté. Le ton est donné, ce « la » libertaire sera celui de l’Odyssée.

Quand la musique a du rouge et du bleu au fond des yeux

Roman Solano

La soirée s’achève par le premier concert de l’orchestre international coordonné par Cuco Perez, compositeur, chef d’orchestre et accordéoniste d’Espagne. Sur le pont du bateau, Fatos Qerimaj, magnifique clarinettiste Albanais donne la réplique au roumain Nucu Draghia qui fait l’oiseau sur sa flûte de pan, tandis que le Franco-Camerounais Bami Jean Stageng fait éclater ses percussions. Touria Hadroui, les yeux aussi noirs que le casque de ses cheveux chante le Maroc, Salah Gaoua se souvient des chants de ses grands-mères. Les thèmes Andalous se mêlent au rythme des Balkans… La musique ici a du rouge aux joues et du bleu au fond des yeux…

Il pleut sur Bratislava, capitale de la Slovaquie mais les pastels de ses murs ensoleillent ses maisons et le baroque de ses bâtiments, mairie, opéra, églises… Le ciel plombé n’a pas découragé Roman Solano, irrésistible clown mexicain qui entraine un public hilare dans ses facéties de mime et d’acrobate de rue labellisé « pure poésie ». Dans la cour intérieure de l’ancienne mairie les parapluies se sont ouvert tout comme les oreilles pour capter la performance du duo Hongrois formé par le violoniste Deszo Farkas et le jour de Cymbalum Daniel Racz. Cheveux gominés, costards noirs et cravates fluo, véritable virtuose des czardas, ils mettent du feu dans les tympans et des fourmis dans les jambes. Salah Gaoua lance ses mélopées, l’orchestre international reprend ses refrains syncopés et sa nostalgie…

Musique Jazzy et textes de flamboyante dérision

Le Golem Théâtre

Des officiels slovaques et français – l’ambassadeur de France, les attachés culturels…- sont montés à bord pour souhaiter la bienvenue aux diplomates de la paix de l’Odyssée. Richard Martin rappelle l’historique de l’enjeu, la naissance de l’IITM, les premières croisières, avec un hommage à son créateur, José Monleon. On entend, au violoncelle et à l’accordéon, les passionnantes dérives musicales du jeune compositeur Marek Piacek et quelques autres extrait de musiciens serbes et slovaques de notre temps. Le Golem Théâtre, troupe de comédie et de musique, a fait le voyage depuis Pragues pour nous présenter en lecture, en jazz et en chanson des textes de Vaclav Havel, Karel Kapek et Ladislas Novak…Frédérique Smetana, comédienne française ancrée à Prague jongle avec les deux langues autant qu’avec l’humour comme d’autres avec des bulles de savon, elle est caustique et magnifique tandis qu’au piano Premysl Rut chante en vo, ses textes d’une flamboyante dérision sur des airs jazzy des années 30, et que Marketa Poruzakova, actrice bilingue lui fait écho par le geste et la voix…

Minuit : il pleut toujours. Le spectacle pyrotechnique est reporté au lendemain.

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