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L’Odyssée du Danube

par Caroline Alexander

Croisière-croisade pour la paix

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Il était une fois un vaisseau de guerre lancé sur les flots pour faire la guerre à la guerre, un porte-hélicoptères 100% militaire métamorphosé en bâtiment brise-bêtises …La folle aventure initiée en 2001 par Richard Martin avec le soutien du très officiel Institut International de Théâtre Méditerranéen, renouvelée en 2003 à bord du navire-école de la marine roumaine le « Constanta », prendra le 1er septembre prochain un nouveau départ. Des eaux cobalt de la mer à celles supposées bleues du Danube, un changement d’embarcation s’impose : le bâtiment martial cèdera la place à un bateau de croisière fluvial. Deux raisons majeures ont imposé la métamorphose : la première, d’ordre idéologique et éthique, vient du souhait de créer un pont entre la Méditerranée et les nouvelles nations dont l’Union Européenne vient de s’enrichir. La seconde, d’ordre purement pragmatique et pratique, vient de l’impossibilité pour la quille d’un bateau de guerre de naviguer sur un fleuve... Place donc au MS Theodor Körner, bateau de croisière fluvial - ainsi nommé en hommage au deuxième président de la République d’Autriche - pour deux semaines de reconnaissance et de fêtes.
De Vienne à Bucarest, il fera escale à Bratislava, Budapest, Belgrade, Turnu Severine et Cetate en Roumanie, Svichtov en Bulgarie pour jeter l’ancre enfin à Bucarest/Giugiu.

Donner l’alarme avec des cris d’oiseaux

Un homme très singulier se trouve depuis huit ans à la barre de ces très singulières odyssées Richard Martin, 63 étés, l’ami de Léo Ferré, le rêveur éveillé des quartiers Nord de Marseille, l’homme du Toursky, ce théâtre pas comme les autres que les instances culturelles de l’Etat s’obstinent à ne pas reconnaître, mais qui fait salle comble à chaque manifestation car il y règne un vent de folie fraternelle qui tient chaud. « Je donne l’alarme avec des cris d’oiseaux », disait Ferré et ce bout de poésie militante est devenu sa devise.

Qu’est ce que l’art ? Qu’est ce qu’un artiste ? Quelle est sa place dans la société ? A ces questions l’écho des politiques répond invariablement qu’on s’en occupera plus tard… On a pu constater encore tout récemment à quel point la culture reste cruellement absente des débats. Pourtant l’art est bel et bien « le seul ferment de nos résurrections » comme l’affirmait toujours le même Ferré. Richard Martin est son émule, il se bat pour rendre à l’art sous toutes ses formes et à ceux qui le crée, vie, dynamisme et dignité, pour le sortir des encyclopédies et des embaumements et le faire vibrer en direct.

Un nouveau réseau d’échanges culturels

Les interrogations sur le rôle et la nécessité de la création artistique sont récurrentes depuis la nuit des temps. C’est pour y apporter quelques réponses que naquit en 1990 l’IITM-Institut International du Théâtre Méditerranéen, sous l’impulsion de l’Espagnol José Monleon. Ce fut l’émergence d’un tout nouveau réseau d’échanges culturels et artistiques en Méditerranée réunissant vingt quatre pays, membres actifs. L’animateur et co-fondateur de ce projet pour la France fut Richard Martin, la présidence en fut confiée à l’écrivain, professeur, chercheur et critique Robert Abirached qui fut longtemps directeur du Théâtre et des Spectacles au Ministère de la Culture où sa vigilance, son combat pour la création tracèrent des ondes dans les mémoires.

Des guérilleros d’utopies

C’est à l’aube du troisième millénaire que Richard Martin eut l’idée d’associer l’institution IITM à une entreprise à la fois folle et généreuse : affréter un bateau pour faire le tour de la Méditerranée et y prêcher la paix, organiser un forum navigant de saltimbanques de toutes disciplines, comédiens, musiciens plasticiens… Des subventions furent demandées et accordées, pour la France, par le Conseil Général, le Conseil Régional et la ville de Marseille. Un réseau de relations se mit en place, le projet prit forme et aboutit à cet incroyable mariage d’un navire de guerre avec une mission de paix. C’est le Ministère de la Défense roumain qui mit gratuitement à disposition des guérilleros d’utopie un porte hélicoptère avec tout son équipage… La première Odyssée dura 45 jours, les cadets furent intégrés à l’aventure et improvisèrent des concerts de percussions à l’abordage de chaque port. L’équipée fut renouvelée en 2003, avec un succès grandissant. On se mit à rêver de biennale. L’édition 2005 mûrit et reçut pour la première fois l’appui de l’Union Européenne, mais en France, allez savoir pourquoi, le Conseil Général se désista. Alors, dans l’impossibilité administrative de remplacer une institution étatique par une autre, l’entreprise s’effondra. Une grosse déception qui pourtant ne fit baisser les bras ni vider les têtes.

Marie-claude Pietragalla - Photo Pascal Ellio

Une passerelle entre Méditerranée et Europe Centrale

Ainsi donc tout repartira à la fin de l’été 2007, en version fluviale sur l’axe mythique du Danube où les aventuriers de l’Odyssée inscriront un trait d’union entre les Balkans et l’Europe du Nord, histoire de jeter une passerelle entre la Méditerranée et l’Europe Centrale. Budget de l’opération : 300.000€ financés par une trentaine de différents partenaires nationaux et internationaux. Des institutions, des compagnies, des troupes, des éditeurs, des orchestres de France, d’Algérie, d’Autriche, Espagne, Bulgarie, Roumanie, Maroc, Serbie, Slovaquie… apportent leur écot. Avec l’apport d’un partenaire privé, la compagnie Bonaventura Cruises de Hollande, propriétaire du bateau.

A bord s’embarqueront une vingtaine d’artistes de renom issus des différents pays , Marie-Claude Pietragalla, Michel Burdoncle, Luis Delgado, Maïa Morgenstern, Virgil Ogasanu, le Piccoli de Roumanie, pour n’en citer que quelques uns. Un marathon de la poésie sera ouvert à tous, non-stop pour les noctambules ou insomniaques, un atelier animé par Richard Martin tournera autour du thème « Poètes et Politique », des spectacles, des concerts, des récitals, en mots, en notes, en couleurs et en feux d’artifices. A chaque escale l’artificier de spectacles Raymond Laub et son « groupe F » règleront des performances sur le thème de « la femme en Méditerranée » et sur place les théâtres locaux dont le Théâtre National de Budapest, le Théâtre d’Art Dramatique de Belgrade, le théâtre Notara de Bucarest, présenteront leurs spectacles à ces voyageurs d’un type inédit.

Cette fois le concept de la biennale devrait pouvoir jeter l’ancre, avec des éditions nouvelles en 2009 et 2011. Pour 2013, Marseille a posé sa candidature pour devenir Capitale Culturelle de l’Europe. Ces Odyssées de paix et de plaisir et de beauté, nées dans sa ville, devrait lui servir quelques clés.

Photo 3 : Martin Lubat - Crédit Anne Delrez
Photo 4 : Marie-Claude Piétragala : Pascal Elliott

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