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Critiques / Théâtre

L’Insomnie du prince de Conti de Gabriel Debray et Vincent Viotti

par Gilles Costaz

La nuit du censeur

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Un spectacle créé dans un théâtre modeste, le Local, va circuler dans quelques grands lieux historiques de Paris. Cette Insomnie du prince de Conti fait si bien parler le XVIIe siècle qu’elle rejoint naturellement des cadres historiques au passé et aux pensées proches de ce texte. L’affiche représente un portait de Molière écrivant, barré d’une croix rouge. On se souvient alors que l’auteur du Tartuffe fut, jeune, le protégé du prince de Conti qui l’abandonna, le jour où il transforma sa passion du théâtre en haine du spectacle et des acteurs. Le spectacle de Gabriel Debray et Vincent Viotti, avec une juste intuition d’un moment d’autrefois et de sa modernité, met en scène cette histoire et cette contradiction. Comment ce libertin devint-il intégriste et comment écrasa-t-il Molière et, au delà, les esprits libres et inventifs de son temps ? Les auteurs sont allés chercher le libelle même d’Arnaud de Bourbon, prince de Conti, Traité de la comédie et des spectacles, pour y prélever les mots de la fureur dévote et de la volupté de la censure. Et ils ont imaginé une pièce où le contempteur du plaisir dramatique est pris au piège de ses deux pensées successives. Dans son lit, la nuit, sa haine le hante, mais aussi le talent de Molière. Comment accorder ces obsessions contraires ? Mal ! En ne trouvant pas le sommeil et en s’enfonçant dans sa cruauté envers de prétendus ennemis de Dieu.
Dans son lit de bois clouté, l’acteur unique, Vincent Viotti, est saisissant dans son interprétation de la folie nocturne, proférant les colères et les anathèmes de Conti et coupant son discours par des scènes de Molière que le comédien semble réciter comme malgré lui. La nerveuse mise en scène de Debray s’amuse de ces phrases grandiloquentes et néfastes pour mieux attraper l’humanité souffrante et blessée de cet effrayant prédicateur. « Fuyez les théâtres, fuyez », crie une dernière fois le prince. Un spectacle éclairant à ne pas fuir.

L’Insomnie du prince de Conti de Gabriel Debray et Vincent Viotti, mise en scène de Gabriel Debray, scénographie de Thierry Dufourmantelle, costume de Myriam Racineux, lumières de Jacques Boüault. En tournée dans quelques monuments historiques de Paris : Musée Cognac-Jay, 18-20 septembre. Bibliothèque historique de la ville de Paris, 24-26 septembre. Musée Carnavalet, 15-17 octobre. Egalement au Local 18, rue de l’Orillon 75011 Paris. Réservations au 01 46 36 11 89. Texte édité par Champtin. Durée : 1 h.

crédit photo. Michèle Laurent

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